AccueilInternationalJournalisme en Afrique: Entre musellement et précarité

Journalisme en Afrique: Entre musellement et précarité

Aujourd’hui, 3 mai, le monde entier célèbre la journée de la liberté de la presse. Ne restant pas en marge de l’événement, plusieurs corporations de journalistes du continent africain ont tenu des manifestations diverses; certains pour réclamer plus de légitimité, d’autres pour dénoncer les exactions dont ils sont victimes. Le métier de journaliste est aujourd’hui sur le continent africain l’un des métiers les plus risqués avec une rémunération des plus précaires.

Le journalisme africain, un métier à risques

Dans son rôle d’information et d’édification du peuple au sein d’une démocratie, le journalisme en vient à se heurter contre la volonté de certains dirigeants africains de répandre la pensée unique. Ces derniers n’hésitent pas à museler la presse soit en la censurant sévèrement, soit en l’empêchant simplement de dénoncer les dérives du pouvoir.

Le journalisme africain est de plus en plus menacé. Pour preuve, le pays où la liberté de la presse est le plus bafoué au monde, est en Afrique. Il s’agit de l’Erythrée qui depuis 12 ans occupe la dernière place du classement fait par Reporters Sans Frontières (RSF). Les exemples existent à foison sur le continent. Par peur et refus de céder une once de leur pouvoir acquis par la force au siècle dernier, les présidents du Soudan (174e) et de Guinée Equatoriale (171e,) optent pour une répression constante des voix un tant soit peu divergentes. Les présidents Omar El-Béchir et Teodoro Obiang Nguema, tous deux qualifiés par RSF de « prédateurs de la presse », ont continué en 2016, dans leurs pays respectifs, à confisquer de diverses façons la liberté d’information, d’expression et de pensée. A Djibouti qui se maintient cette année à la 172e place du Classement, le président Ismaïl Omar Guelleh a également déployé un large arsenal répressif contre la presse. Dans ce pays qui s’est vu progressivement privé de ses médias indépendants et d’opposition, son dirigeant à la poigne de fer n’a pas eu trop de mal à modifier la constitution pour briguer en 2016 un quatrième mandat consécutif.

Ces quelques exemples, loin d’être exhaustifs, témoignent des agressions dont est victime le journalisme africain.

Une précarité poussée

L’éternelle question des « perdiem » continue à déteindre l’image des journalistes africains. Ces petites sommes qui sont glissées aux journalistes à la fin des séminaires et autres, leur donnent une image de mendiants affamés qui réclament leur « pitance ». Nombreux sont ceux qui critiquent ces agissements et avec raison puisque cela est totalement contraire à l’éthique et aux règles de déontologie.

Mais à y voir de près, on comprend que certains journalistes n’ont parfois pas le choix. C’est à peine imaginable que dans des pays comme le Bénin, certains journalistes, du privé, perçoivent un salaire de 12.000 FCFA. Et pourtant c’est vrai. Avec un salaire de misère, les journalistes dans ces cas sont souvent obligés de se réfugier dans des alliances politiques ou de tendre la main à chaque séminaire, histoire de subvenir aux besoins des leurs. Evidemment, cela ne manque pas de déteindre sur la neutralité du journaliste qui est pourtant sa règle d’or.

A défaut de « quémander », les journalistes devraient comme l’a souligné l’universitaire, enseignant en éthique et déontologie, Selle Seck, « se syndiquer » pour pouvoir réclamer l’amélioration des conditions d’exercice de leur métier. C’est en sens que la démarche des professionnels des médias en ce jour au Sénégal est salutaire. Ils ont décidé de prendre leur destin en main en marchant pour la prise en compte de leurs revendications. L’ensemble du corps des journalistes africains devrait reprendre à l’unisson ce slogan des journalistes sénégalais : « presse précarisée, démocratie en danger ».

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