AccueilInternationalPROCÈS DE LA CELLULE DE VERVIERS : QUAND ABAAOUD ÉTAIT ÉCOUTÉ

PROCÈS DE LA CELLULE DE VERVIERS : QUAND ABAAOUD ÉTAIT ÉCOUTÉ

Le tribunal correctionnel de Bruxelles s’est replongé mardi dans les coulisses de l’attentat déjoué le 15 janvier 2015 à Verviers, en Belgique. D’intenses surveillances, facilitées par les erreurs des terroristes, ont mis Daech en échec.
Mais l’organisation en a tiré les conséquences. Dix mois plus tard, à Paris, le coordonnateur de l’attaque manquée,Abdelhamid Abaaoud, prenait en personne la tête des commandos. Bilan : 130 morts et plus de 350 blessés. Des écoutes inédites, lues à l’audience, permettent de se plonger dans la tête de ce tueur mobile et très organisé, obsédé par la perspective de rentrer en Europe. Quitte à utiliser des stratagèmes très particuliers.

A la mi-novembre 2014, la sûreté de l’Etat belge piste un groupe de suspects entre Bruxelles, Anvers et Verviers. A la fin de décembre, les enquêteurs identifient le logisticien, Mohamed Arshad et surveillent les appels qu’il passe à un mystérieux Omar en Turquie. Mais toujours avec un temps de retard, puisque ce chef opérationnel, non identifié, change régulièrement de numéro. Omar commet finalement une bévue : utiliser son portable pour joindre Yassine, son cadet, incarcéré à la prison d’Oudenaarde. Dès lors, il est identifié comme Abdelhamid Abaaoud, un Belgo-Marocain de 27 ans qui nargue les polices européennes depuis des mois.

Il fait venir une escort girl afin de passer à l’aéroport d’Athènes comme un couple de touristes

Au fil des semaines, ce dernier s’emporte de plus en plus contre Arshad qui dépense de l’argent manière voyante en voitures de location. « C’est un fou ! » s’étrangle Abaaoud. « Prends le métro, va faire une formation, va apprendre l’anglais ! » lui conseille-t-il, préconisant à ses hommes de vivre « comme un mécréant » pour se fondre dans la masse.

Les conversations captées par la police démontrent par ailleurs sa propre obsession à franchir les frontières pour être présent lors de l’attentat. Une écoute débutée le 2 janvier 2015, à 20 h 1, révèle ainsi un incident passé inaperçu. Abaaoud se plaint d’avoir été refoulé à un aéroport. « Ils ont su que ce n’était pas moi », confie-t-il à son interlocuteur, sans précision de date, ni de lieu. Ses faux papiers ont probablement été détectés. L’échange ne permet pas de savoir s’il a été inquiété. Mais le fait de s’être cassé les dents à la frontière lui donne une autre idée : faire venir une escort-girl de Belgique afin de passer à l’aéroport d’Athènes comme un couple de touristes…

Abaaoud aura donc tout essayé. Y compris la natation, si l’on en croit une autre conversation, remontant au 17 décembre 2014. L’un de ses proches confie la mésaventure qui vient de lui arriver, en compagnie d’Omar, à la frontière bulgare. « Il s’est passé un problème au niveau de la rivière. Les Bulgares ont lâché de l’eau. On a essayé. On a nagé. On a dû revenir, tu vois ? » dit-il en substance.

Enfin, les écoutes apportent la confirmation de ce que pensaient nombre de spécialistes. Si Abaaoud était un cadre de l’Amniyat, le service de sécurité de Daech, il n’en était pas pour autant le boss. Il rendait compte à un certain Padre. Un parrain situé plus haut dans la hiérarchie.

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