Ce que l’on retient de son parcours
Amadou Hampâté Bâ est né en 1901 à Bandiagara dans la région de Mopti, au Mali, et meurt à Abidjan. Le penseur considérait la Côte d’Ivoire comme sa seconde patrie ; ami du président Houphouët-Boigny, il fut le tout premier ambassadeur du Mali dans ce pays. C’est donc tout naturellement que les autorités ivoiriennes ont contribué à la mise en place d’une fondation éponyme. Aujourd’hui, l’œuvre qu’a laissée le grand écrivain est prolifique : contes, romans initiatiques, poésie, de nombreux proverbes dits africains lui sont attribués, sans compter les essais religieux et ses mémoires. Mais ce 15 mai semble être un anniversaire pas comme les autres et ne passe pas inaperçu. Il sonne comme une urgence pour de nombreux hommes et femmes de replonger dans les œuvres d’un des plus grands défenseurs de la culture africaine. Les interrogations du grand humaniste restent fortement connectées à l’actualité du continent. Guerre, religion, Boko Haram, terrorisme, tradition… autant de sujets dont Amadou Hampâté Bâ s’est emparé très jeune en bénéficiant d’une éducation religieuse traditionnelle très stricte. Disciple de Tierno Bokar, un guide spirituel qui avait fondé sa propre école coranique et promulguait un islam d’amour et de paix. Ethnologue, chercheur avant tout, Amadou Hampâté Bâ travaillait à l’institut français d’Afrique noire et siégeait aussi à l’Unesco entre 1962 et 1970, où il a côtoyé les plus grands. Il connaissait donc aussi bien l’environnement africain que l’administration coloniale, dont il maîtrisait les codes. Amadou Hampâté Bâ, ou encore surnommé l’enfant de Bandiagara, s’est ainsi engagé pour la tradition orale africaine. Selon lui, elle doit se perpétuer et survivre de génération en génération. Ses œuvres : L’Étrange Destin de Wangrin,Contes des sages d’Afrique, La Parole, Oui, mon commandant restent des références pour la jeunesse du continent africain, autant de repères en ces temps de guerres et conflits.
Ce que l’on retient de sa philosophie
« En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. » C’est au sein de l’Unesco qu’il prononça cette phrase devenue aussi célèbre que proverbiale. Plus qu’un simple adage, ses mots sonnent comme un avertissement pour le monde entier en plein bouleversement. Et pour ceux qui se sont toujours interrogés sur les destinataires, eh bien c’est six ans avant sa mort que l’écrivain rend transparents ses propos dans une lettre adressée à… ses cadets ! Amadou Hampâté Bâ est direct : « À notre époque si grosse de menaces de toutes sortes, les hommes doivent mettre l’accent non plus sur ce qui les sépare, mais sur ce qu’ils ont de commun, dans le respect de l’identité de chacun. La rencontre et l’écoute de l’autre est toujours plus enrichissante, même pour l’épanouissement de sa propre identité, que les conflits ou les discussions stériles pour imposer son propre point de vue. Un vieux maître d’Afrique disait : il y a « ma » vérité et « ta » vérité, qui ne se rencontreront jamais. « LA » Vérité se trouve au milieu. Pour s’en approcher, chacun doit se dégager un peu de sa vérité pour faire un pas vers l’autre… » Comme si le penseur avait anticipé les crises du XXIe siècle. « La génération du XXIe siècle connaîtra une fantastique rencontre de races et d’idées. Selon la façon dont elle assimilera ce phénomène, elle assurera sa survie ou provoquera sa destruction par des conflits meurtriers. Dans ce monde moderne, personne ne peut plus se réfugier dans sa tour d’ivoire. Tous les États, qu’ils soient forts ou faibles, riches ou pauvres, sont désormais interdépendants, ne serait-ce que sur le plan économique ou face aux dangers d’une guerre internationale », écrit le penseur. En plus de ces conseils à la jeune génération, Amadou Hampâté Bâ a laissé d’innombrables traités de vie quotidienne :
« Ne regrette rien, il faudra toujours continuer à apprendre et à te perfectionner, et ce n’est pas à l’école que tu pourras le faire. L’école donne des diplômes, mais c’est dans la vie qu’on se forme », peut-on lire dans Amkoullel, l’enfant Peul. « Autrement dit, quand c’est l’un qui paie, c’est l’autre qui profite… » Nous avons aussi retenu « On dit qu’un chef, ou un roi, n’a pas à s’abaisser à mentir puisque de toute façon, quoi qu’il fasse, il ne court aucun risque. L’Afrique comprend qu’un chef abuse, non qu’il mente. »
Amadou Hampâté Bâ en citations
« Si observer est une qualité, savoir se taire préserve de la calamité. »
« Instruire en s’amusant a toujours été un grand principe des maîtres maliens de jadis. Plus que jamais, mon milieu familial était pour moi une grande école permanente, celle des maîtres de la Parole. »
« Puisque nous avons admis que l’humanité de chaque peuple est le patrimoine de toute l’humanité, si les traditions africaines ne sont recueillies à temps et couchées sur du papier, elles manqueront un jour dans les archives universelles de l’humanité. »
« Tu le sauras quand tu sauras que tu ne sais pas et que tu attendras de savoir.»
« Un parent qui laisse son enfant dans le dos devenir une hache, il risque tôt ou tard de voir celle-ci tomber sur les talons et lui couper les tendons. »



