AccueilPolitiqueMossoul : Une guerre et plusieurs motivations

Mossoul : Une guerre et plusieurs motivations

La guerre déclenchée à Mossoul aurait un objectif  clair : couper la tête de l’organisation Etat Islamique et donc ôter à Daech sa principale base opérationnelle et en même temps empêcher la construction d’un califat et re légitimer l’Irak.  Et pourtant, la bataille de Mossoul est bien plus complexe qu’une telle libération. En témoigne les forces militaires hétéroclites qui participent au combat.  On y trouve, pèle mêle,  l’armée régulière irakienne, soutenue par les forces spéciales des États-Unis  d’Amérique et les pays de la coalition internationale anti-Daech, dont la France. Mais aussi des milices chiites, dont certaines sont d’obédience iranienne. Les combattants kurdes, les fameux peshmergas, qui n’ont jamais caressé de si près leur rêve d’indépendance. La voisine Turquie qui s’y oppose et veut être de la partie. Sans compter d’autres groupes à l’affiliation douteuse.

Cette complexité s’explique par le fait que  la présence de Daech à Mossoul n’est pas à l’origine du chaos irakien, elle en a d’abord été le fruit. L’éliminer ne restituera pas, en soi, une unité au pays, mise à mal par l’intervention américaine de 2003. Loin de là. C’est justement au moment même où Daech est délogé de Mossoul, que le risque de violences inter communautaires est le plus grand. Les civils de cette région, majoritairement sunnites, sont les premiers à en être conscients. Les massacres, l’exode massif, les règlements de compte entre communautés et entre puissances étrangères seront les conséquences de ce conflit à  haut risque humanitaire.

Les organisations des Droits de l’Homme comme Amnesty International ont dénoncé les disparitions forcées et la torture pratiquées par les milices paramilitaires et les troupes irakiennes contre les populations civiles fuyant les zones contrôlées par Daech. Les djihadistes aux abois seront également tentés de se servir des civils comme boucliers humains.

Au moins trois motivations à la guerre sont en jeu dans la bataille de Mossoul. La motivation d’éliminer Daech, qui augmente le risque à court terme d’actions terroristes dans tous les pays de la coalition. La guerre de reconquête de la souveraineté irakienne, qui peut sombrer à tout instant dans une guerre civile sans fin, tant le contentieux est lourd entre chiites et sunnites. Enfin, une guerre régionale par milices interposées, que se livrent les puissances voisines de l’Irak.

Les mêmes contradictions qui présidaient à  l’affirmation de Daech il y a deux ans subsistent au moment de le combattre. Toutes les alliances sont faussées par l’agenda de chacun des acteurs. Kurdes, milices chiites pro-iraniennes, coalition occidentale, Turquie déclarent tous vouloir chasser Daech. Mais veulent-ils reconstruire l’Irak ? On aimerait le croire. Pour l’heure, Mossoul est surtout une bataille dans un long et meurtrier processus de balkanisation et de confessionnalisation du Moyen-Orient. Dont Daech n’est que l’un des acteurs.

La rédaction

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