AccueilPolitiqueMamadou Demba SOW : Le paradoxe démocratique en Afrique

Mamadou Demba SOW : Le paradoxe démocratique en Afrique

Après avoir lu l’œuvre de René Dumont « L’Afrique est mal partie », celle de la camerounaise Axelle Cabou « Et si l’Afrique refusait le développement » et récemment celle de notre compatriote Rawane Diop « De l’indépendance à l’émergence », le constat fait est qu’il y a urgence pour une réaction rapide et efficace afin de sortir le continent de cette profonde léthargie. Certes le passé est lourd de conséquences (traite négrière, colonisation et autres calamités mais ce ne sont pas des raisons évidentes pour nous morfondre dans cette situation. Malgré la colonisation et son lot de désastre, le continent asiatique a pu produire des états aujourd’hui émergents voire même développés à l’image du Japon, de la Corée du Sud, de la Malaisie, de Singapour… Après 50 ans d’indépendance, le continent africain continue encore de se chercher une voie.

Suite aux trois premières décennies marquées par des séries de coup d’états, de guerres ethniques et de régimes autoritaires, la décennie des années 90 avait laissé entrevoir l’espoir avec l’ère du multipartisme et des conférences nationales. Malheureusement, cette démocratisation imposée par le sommet de la Baule n’a pas connu l’effet escompté dès lors que les peuples n’ont jamais été associé correctement car ne jouant que les rôles secondaires de bétails électoraux. En plus le génocide rwandais de 1994 avec près d’un million de morts reste une tâche indélébile et dont les stigmates continueront encore longtemps de hanter la mémoire du continent.

Depuis le début des années 2000, les coups d’états militaires ont laissé la place aux coups d’états institutionnels avec cette fois ci la complicité des pouvoirs judiciaires. Des Présidents à travers tout le continent se maintiennent au pouvoir par le truchement institutionnel et peuvent se maintenir selon les intérêts des puissances occidentales. Nous assistons honteusement au vent des référendums et des changements des règles du jeu démocratique. C’est le cas au Burundi avec Nkurunziza,  au Congo (RDC) avec  Joseph Kabila, au Congo avec Denis Sassou Nguessou au Tchad avec Idriss Deby. D’autres tentent d’utiliser les mêmes procédés (Abdel Aziz en Mauritanie, Macky Sall au Sénégal et aujourd’hui Ali Bongo vient de s’illustrer au Gabon.

Ceci au moment où les populations africaines sombrent dans la pauvreté et le désespoir. Aujourd’hui, la vague d’émigration des jeunes africains qui périssent par dizaines de milliers sur les côtes européennes n’affectent nullement le syndicat des chefs d’États africains. Ce fléau qui est plus qu’un crime contre l’humanité n’a même pas suscité la tenue d’un sommet extraordinaire de l’Union Africaine. La tragédie au Kenya où des dizaines d’étudiants ont été sauvagement assassinés n’a pas incité les dirigeants africains à se ressaisir et pourtant plusieurs parmi eux ont effectué le déplacement à Paris lors de l’affaire Charlie Hebdo. Idriss Deby considéré comme le va t’en guerre du Sahel envoie les fils du Tchad se faire massacrer dans les zones de conflits au nom de la lutte contre le terrorisme.

Le terrorisme est devenu un enjeu politique des dirigeants africains soit pour éliminer des adversaires politiques ou groupes ethnico religieux soit pour solliciter des moyens financiers et logistiques leur permettant de sauvegarder leur pouvoir. A côté du terrorisme classique, nous assistons à un terrorisme d’état qui bafoue tous les droits des citoyens et freine les acquis démocratiques. Ce terrorisme d’état exercé par les dirigeants africains profite aux réseaux djihadistes qui accentue leur cible sur la jeunesse africaine.

Au lieu de chercher des voies et moyens efficaces pour lutter contre ce fléau du terrorisme, nos dirigeants se sont engagés dans une logique guerrière du tout sécuritaire. Les pays africains valident sans aucune réflexion au préalable, une solution militaire planifiée par des experts occidentaux qui n’ont pas tenu en compte nos réalités socio culturelles, religieuses, géographiques et économiques. Il est à craindre que cette solution militaire engendre des conséquences désastreuses et pourrait augmenter les risques d’attentats et de déstabilisation. Malgré l’opération Barkhane avec son QG au Niger et la présence de la Minusma, le Mali connait une recrudescence des attaques terroristes. Cette recrudescence du terrorisme en Afrique n’est que la résultante de l’intervention ignoble de l’Otan en Libye cautionnée par le syndicat des chefs d Etats africains.

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