AccueilContributionsPar Mamadou Demba SOW : Drame dans la démocratie au SENEGAL

Par Mamadou Demba SOW : Drame dans la démocratie au SENEGAL

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Me référant au discours historique de l’illustre juge Keba Mbaye, j’ai surtout retenu cette fameuse citation d’Emmanuel Kant : Demandons nous ce que serait une société de délateurs, de voleurs, de profiteurs, d’indisciplinés, d’insouciants, de fraudeurs, de corrompus, de corrupteurs et d’égoïstes ?

Cette société est vouée à l’échec, à la déchéance et à la misère matérielle et intellectuelle. Il est sans conteste avéré que notre société est aujourd’hui gangrenée par tous ces maux. Il suffit juste de voir le comportement des dirigeants et des sénégalais pour s’en rendre compte. Pour sortir le pays de cette situation, il est impératif pour chaque sénégalais de se lever comme nous l’a préconisé le juge en paraphrasant Léopold Sedar Senghor dans l’hymne national : Sénégalais Debout. Notre patriotisme devrait être un sursaut pour rappeler aux uns et aux autres les fondements prioritaires d’une grande nation que sont l’éthique, la dignité, et l’intégrité.
Les révélations de l’ancien ministre de l’intérieur Ousmane Ngom sur un entretien qu’il aurait eu avec le Président Abdoulaye Wade est décevante est n’a aucune élégance républicaine. Cet acte est à bannir et prouve à suffisance qu’une enquête de moralité s’impose lorsqu’il s’agit de confier des responsabilités étatiques. Quand l’éthique, l’intégrité et la dignité ne sont plus des valeurs pour nos dirigeants, l’avenir des générations futures est hypothéqué. C’est de plus en plus dommage que le ridicule ne tue plus dans ce pays. Ce comportement cynique n’honore pas les hommes politiques et les dirigeants et évitons que l’étiquette du mépris et de la honte soit collée à nos hommes politiques. Idrissa Seck devrait rire sous cap lui qui, pour répondre aux attaques de cet homme avait puisé sur certains versets du Coran et aujourd’hui l’histoire est entrain de lui donner raison.

Que la justice française déboute l’Etat du Sénégal ne devrait pas nous émouvoir.

Cet énième débat judiciaire sur le dossier de Karim Wade est une insulte au peuple sénégalais. Que la justice française déboute l’Etat du Sénégal ne devrait pas nous émouvoir. Ne nous voilons pas la face, les milliards détournés par les dirigeants africains et mis dans les paradis fiscaux ou dans les pays occidentaux seront très difficiles à récupérer. Souvenons-nous de l’affaire Sani Abacha. Tous ces biens volés et détournés devaient servir aux peuples africains en désarroi.
Karim Wade membre du clan politique libéral jugé et condamné par la justice sénégalaise pour payer 138 milliards de francs CFA et écroué pour 6 ans, se voit décerné une grâce présidentielle et quitté le pays dans des conditions dignes d’un film hollywoodien. Toujours dans cette traque des biens supposés mal acquis qui occupe la scène médiatique depuis 2012, une liste de vingt cinq (25) dignitaires devait répondre devant la CREI (Cour de Répression de l’Enrichissement Illicite). Aujourd’hui encore le peuple attend et la consternation et l’amertume commence à gagner l’opinion. Le pire dans cette affaire, c’est que l’un des présumés s’est payé le luxe de voyager avec le Président de la République, l’autre fut un acteur principal dans la libération spectaculaire de Karim Wade. juge-keba-mbaye
Comment des dignitaires qui ont eu à gérer des deniers publics peuvent ils bénéficier la plupart de liberté provisoire où ne pas répondre de leurs actes et qu’au même moment des milliers de citoyens croupissent dans les prisons attendant un éventuel jugement ? Pire encore, un détenu n’étant pas du cercle restreint des privilégiés est mort lors d’une mutinerie dans des circonstances non encore élucidées. Et en écoutant les témoignages émouvants de son épouse et de sa mère, on est habité par un sentiment de révolte et d’amertume. Les sénégalais dénoncent de plus en plus une justice à deux vitesses. Retenons également du discours de Kéba Mbaye cette citation : La sécurité future des gouvernants d’aujourd’hui dépend d’une bonne justice.

les différentes crises qui ont secoué la société sénégalaise depuis quelques années.

Étudions avec intelligence et sérénité les différentes crises qui ont secoué la société sénégalaise depuis quelques années. Déjà en 2002, le syndrome de la tragédie du bateau Le Diola avec son lot de victimes ne nous a pas servi de leçons et chose troublante aucun responsable n’a été sanctionné et aucune responsabilité située. Le fléau du phénomène Barça ou Barsakh non plus n’a pas permis à nos dirigeants de se ressaisir. Les séries de suicide de citoyens devant le palais de la République furent juste considérées comme un phénomène de société. Pendant ce temps les scandales et dérives du régime libéral s’étaient multipliés. L’affaire des fonds politiques entre Abdoulaye Wade et Idrissa Seck, plus tard l’affaire des 7 milliards des fonds taïwanais entre Abdoulaye Wade et Macky Sall. Et l’histoire retiendra ce fameux Conseil des ministres où Abdoulaye Wade confie que ces fonds sont rapatriés et que Macky Sall alors Premier ministre va se charger d’arbitrer pour financer des projets ministériels. On attend toujours d’être édifiés sur la loi des finances rectificatives et sur les réalisations de ces projets. Monsieur Bruno Shen Premier conseiller d’alors de l’ambassade de Taiwan serait ravi de savoir que ces fonds ont servi pour des projets. Le doyen Oumar Khassimou Dia présent lors de ce Conseil des ministres en sa qualité de ministre des Sénégalais de l’Extérieur et  qui avait cru à cette thèse serait aussi ravi de savoir l’issue de ces fonds et qu’ils ne sont pas passés  par pertes et profits comme l’affaire Alex Segura du Fmi.  Malgré toutes ces dérives, les sénégalais ont gardé leur sérénité (tirée de nos valeurs religieuses et culturelles). Ce n’est qu’en 2011, que le peuple d’une manière spontanée s’est révolté pour contraindre le régime à mettre fin aux dérives. Cette révolte historique du 23 juin 2011 que les hommes politiques de l’opposition d’alors ont tenté de récupérer a fini par emporter Abdoulaye Wade et ses affidés en 2012.

Lors de l’avènement d’une seconde alternance en 2012, l’espoir était permis avec les promesses du candidat sorti victorieux mais surtout avec l’adhésion de tous les leaders politiques et d’une bonne frange de la société civile. Quatre (4) ans après, le doute s’est installé avec des séries de scandales et de dérives. La traque des biens supposés mal acquis qui a tenu en haleine tout le pays est en train de laisser un goût d’inachevé. Le livre du Colonel Abdou Aziz  Ndao qui a scandalisé plus d’un sénégalais est rangé aux oubliettes malgré les accusations graves et surprenantes. L’affaire du scandale de la drogue au plus haut sommet de notre police nationale a suscité beaucoup d’interrogations. Le scandale d’Arcelor Mittal et de l’affaire Bictogo également suscitent des interrogations. La promesse non tenue de la  réduction du mandat présidentiel qui a scandalisée profondément le peuple sénégalais demeure un tournant décisif pour le régime. Il suffit d’étudier minutieusement les conséquences politiques et sociales de ce référendum de mars 2016 pour s’en rendre compte. Ce même referendum dont le coût de l’organisation a coûté trois (3) milliards aux contribuables sénégalais selon les autorités et dix (10) milliards selon l’inspecteur des impôts Ousmane Sonko témoigne de la controverse de la gestion des affaires. Cet inspecteur des impôts et domaines et homme politique dont sa radiation de la fonction publique est une aberration. Cette décision autoritaire et grave devrait susciter un débat juridique et moral sur les pouvoirs exorbitants attribués à un chef d’état.  L’affaire des 74 milliards dont même Idrissa Seck réclame un jury d’honneur avec les dernières accusations de Samuel Sarr est resté sans suite. Le scandale de l’affaire Petrotim inquiète tout le peuple. Il est à craindre que cette odeur de pétrole et de gaz difficile à inhaler présente de graves inquiétudes surtout si on sait ce que le syndrome du pétrole a eu comme conséquences en Afrique.

Partout en Afrique le pétrole reste une affaire de famille,

sous-developpementPartout en Afrique le pétrole reste une affaire de famille, de clan  et de lobby et fait l’objet de gestion nébuleuse et d’instabilité sociale. En Guinée Équatoriale c’est la famille Obiang Nguema qui s’accapare de cette ressource, au Congo c’est la mainmise totale de la famille Sassou Nguessou ce qui explique qu’il s’éternise au pouvoir, en Angola la famille Dos Santos en a fait une chasse gardée, au Gabon le clan Bongo y est bâti leur fortune et tente d’en abuser pour garder le pouvoir. Le Nigéria est régulièrement confronté à des profondes crises socio économiques dû à la gestion de cette ressource pétrolière. Cependant, le Sénégal est différent de ces pays de par nos acquis démocratiques mais également de par nos réalités sociales et religieuses. Le Sénégal est aujourd’hui le dernier des mohicans en Afrique à ne pas connaitre de coup d’Etat où de guerre civile et nous le devons à nos valeurs religieuses, culturelles et républicaines. Néanmoins, nous ne sommes pas à l’abri des soubresauts qui ont fini de désarticuler d’autres nations et d’autres peuples. Le peuple devrait rendre hommage à des lanceurs d’alerte comme Birahim Seck du forum civil et Ousmane Sonko des impôts qui, de par leur patriotisme ont toujours dénoncé certaines dérives et scandales.

Il serait important d’élucider le peuple sur toutes ces questions car au même moment, les difficultés vont de mal en pis.  Notre système éducatif est dégradant, se soigner demeure un calvaire, des jeunes ne trouvent le salut que de se lancer dans l’immigration en défiant l’océan ou le désert libyen. Le décor n’est pas reluisant et comme pour narguer le peuple on nous parle de pays émergents, un slogan qui fait le buzz un peu partout en Afrique. L’émergence est une affaire trop sérieuse pour un pays qui se respecte.

Ce que les Malaisiens et aux Taïwanais ce qu’ils ont enduré comme sacrifices pour parler d’émergence

Demandez aux Coréens, aux Malaisiens et aux Taïwanais ce qu’ils ont enduré comme sacrifices pour parler d’émergence. La politique et la démocratie sont des outils de valeurs et de vertus à mettre au service du peuple pour sortir de cette léthargie qui n’a que trop durée. Le Président américain Barack Obama devrait revoir sa fameuse déclaration disant que « l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts mais d’institutions fortes ». Les institutions ne valent que par les hommes et femmes qui les incarnent. Au Sénégal, depuis 2012, nous assistons à une prolifération d’institutions, en plus de l’Assemblée nationale et du Conseil Économique Social et Environnemental dont leur crédibilité est décriée par les sénégalais, on peut en citer l’Ofnac qui avait suscité beaucoup d’espoir, aujourd’hui remis en cause par les sénégalais. Nous avons le Haut Conseil du Dialogue social, le Haut Conseil territorial et bientôt le Haut Conseil des Collectivités territoriales. Toutes, des institutions budgétivores qui peinent à convaincre et dont leur financement pourrait être orienter vers les secteurs de la santé et de l’éducation.

Comment parler d’émergence dans un pays où disposer d’une carte d’identité nationale ou d’un document administratif est un véritable calvaire?
Comment parler d’émergence dans un pays où se soigner relève du miracle  (les dénonciations quotidiennes des patients auprès de l’animateur de l’émission  Teuss en sont une illustration parfaite).
Comment parler d’émergence dans un pays où les besoins les plus élémentaires de l’être humain à savoir se nourrir, se soigner et s’instruire demeurent impossible.
Il est à rappeler aux dirigeants et aux hommes politiques que la démocratie sans développement reste un vœu pieux et pourrait conduire à l’échec. La contestation du 23 juin 2011 est à méditer et devrait inspirer gouvernants et gouvernés et préserver la paix sociale.

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