Le secteur du nettoiement a connu une controverse dernièrement suite au décret en vigueur qui viole la loi sur les compétences des collectivités locales. Le syndicat national des travailleurs du nettoiement a décrié ce transfert de compétence qui a été confié au ministère du développement locale en rapport avec l’Ucg.
La décision de l’Etat de confier la gestion des ordures à l’Ucg est elle effective ? Comment vos agents vivent-ils cette cohabitation ?
Il y a depuis deux mois une substitution d‘employeurs entre l’Entente Cadak’car et l’unité de coordination pour la gestion des déchets (Ucg). Au début, c’était très difficile puisqu’il y avait une psychose de la peur. D’ailleurs, j’ai eu à dénoncer ces gardes faits pour dire que cette décision n’était pas technique mais qu’elle est politique comme Khalifa Sall est le président de l’Entente Cadak’car et notre employeur. Je pense qu’à ce niveau, il fallait faire la part des choses et ce que les gens disent à voix basse, moi je le dis à haute et intelligible voix et ça a eu à heurter même la conscience de certains sénégalais qui disent que je suis le bras armé du maire, je suis un bouclier, je fais de la politique. Depuis presque 23 ans, je suis dans le métier et c’est un éternel recommencement en moins de 10 ans il y a eu 9 changement institutionnel, 9 employeurs. C’est un manque de respect de considération vis-à-vis des travailleurs. C’est pourquoi j’ai tiré sur la sonnette d’alarme, nous méritons respect et considération. En son temps, j’ai décrié cet état de fait pour dire que nous ne sommes pas d’accord sur cette décision. Mais devant toute situation, il faut que force reste à la loi puisque nous sommes dans un pays de droit. Un mois après il y a eu la passation de service entre l’entente Cadak’car et l’Ucg par le biais de Khalifa Sall. Donc c’est en ce moment qu’on a eu à faire acte d’allégeance et retourné à l’Ucg. Si on reste une journée sans ramasser les ordures c’est presque 2400 tonnes d’ordures qui vont envahir la capitale. Il y a eu beaucoup de dommages collatéraux. Il y a eu beaucoup de crises cycliques. On est passé de la Soadip, Aprodak, Aprosen, Ama Sénégal, Veolia, Entente Cadak’car, Ucg. IL y a une absence de volonté politique. Mais deux mois après, le constat est là, Dakar commence à montrer un visage radieux. Le Ministre Abdoulaye Diouf Sarr nous a reçus en affirmant que tous les intérêts des travailleurs ne seront pas bafoués, les acquis des travailleurs seront préservés puisque les travailleurs ont des contrats à durée indéterminés. Ils ont des cotisations à l’Ipres, la caisse de sécurité sociale les salaires sont bancarisés. Pour la première fois dans l’histoire du nettoiement, nous avons validé la convention collective propre au secteur du nettoiement. S’ils ont des problèmes politiques qu’ils aillent sur le terrain politique. On a une mission de santé et de service publique.
Ne pensez vous pas que l’Etat veut régler le problème du chômage des jeunes ?
Ces considérations politiques politiciennes ne nous engagent pas. Moi j’ai eu à tirer sur la sonnette d’alarme pour qu’on arrête la politisation du secteur du nettoiement, ce n’est pas un grenier. On a affaire à des vautours, des businessmen, ou bien à des courtiers. Ces gens, ce qui les intéresse c’est l’argent. Il y a une richesse dans les ordures. Pour préserver ces richesses, il faut qu’il ait des infrastructures qui répondent aux normes environnementales et laisser la politique politicienne de coté. Même si l’Etat est entrain de résorber le chômage pour faire monter les enchères. On a l’impression que c’est le seul secteur pourvoyeur d’emploi. Le Sénégal ne pourra jamais émerger dans ce chômage, ni dans la saleté, il ne pourra jamais émerger tant qu’on foulera les règles les plus élémentaires de la législation du travail. C’est un travail qui est là et il doit nourrir son homme. Avant on parlait d’éboueurs, aujourd’hui on est arrivé au stade de techniciens de surface. C’est une participation à la valorisation de la fonction. Aujourd’hui, ils ont mis une mutuelle de santé qui gère 5400 personnes.
Quels sont les décisions que vous allez prendre pour garantir l’avenir de vos agents étant donner qu’il avait eu dernièrement la grève des concessionnaires et des arriérés de salaires ?
Quand il y a eu ces retards de salaires, c’était par rapport au flou institutionnel. Au début avec l’Entente Cadak’car les salaires étaient payés au plus tard le 25 du mois. Quand il y a eu la substitution d’employeurs, il n’y avait pas encore de passation de service. On est resté jusqu’au 15, 17 sans être payé. Si on ne fait pas attention, il y’ aura des dégâts collatéraux. Nos salaires sont bancarisés. Il y a une date butoir si les salaires ne sont pas virés avant le 30, c’est des pénalités qui sont opérées sur les travailleurs. Ils ont pu rectifier le tir, le mois passé les salaires ont été payés à temps. Le salaire est vital, il ne se négocie pas. Nous nous sommes organisés en tant que responsable, en tant que travailleurs pour montrer la voie à ces gens là qui nous phagocytent. Il faut être psychologiquement très fort pour exercer ce métier vu la puanteur, la stigmatisation qui existe dans ce métier. Mais il y a aussi le revers de la médaille, c’est nous aussi qui sommes à l’origine de ces manquements. Il y a un émiettement du mouvement syndicale dans le travail. 6 syndicats pour 1632 travailleurs. Ce n’est pas normal ! Nous avons eu à organiser des élections de représentativité des syndicats, sur les 6 syndicats. D’ici 3 ans nous aurons le collectif des délégués qui va siéger. Nous, nous avons eu à organiser des élections les plus transparentes que le Sénégal n’ait jamais connues. Aujourd’hui si les travailleurs ont des problèmes c’est parce que nous les syndicalistes, nous ne sommes pas responsables. On ne se dit pas la vérité en commençant par mon propre syndicat. C’est l’Etat qui en profite. Cette division arrange l’autorité, arrange l’employeur.
Est-ce que l’Ucg a les compétences pour gérer les ordures de Dakar ?
La gestion des ordures est une gestion inclusive, participative et globale et l’Ucg à elle seule ne peut pas faire le travail sans l’appui de l’Etat, des concessionnaires et des travailleurs. Même si dans l’Ucg je dois le dire, il y a des compétences. Le secrétaire exécutif Ibrahima Diagne, il a les compétences mais c’est une équipe ; à lui seul il ne peut pas tout faire. Aujourd’hui ce qu’on attend de l’Ucg c’est qu’il ait des ruptures dans le cadre même de la démarche.
Je suis reconnaissant par rapport au travail de l’Entente Cadak’car parce que c’est grâce à elle que les travailleurs ont des bulletins de salaires, un apaisement du climat social, une mutuelle de santé a vu le jour avec une ambulance qui nous a été offerte par le maire Khalifa Sall pour que les travailleurs puissent émerger. Il y a eu des acquis et ces acquis doivent être consolidés, préservés pour le bonheur des travailleurs mais aussi pour le bonheur du pays. Le statut de Dakar est différent des autres villes. Le Pngd a bénéficié d’un fond de 18 milliards avec la BID. Ce fond pourra répondre au déficit de ces régions ciblées. Il faudrait qu’on ait un schéma d’organisation fiable et cohérent. Mais dans ce pays on ne fait que faire de la politique et les ordures ne mentent pas. Il faudra qu’on mette les bouchés doubles et que chacun joue son rôle. L’Entente Cadak’car est prêt à les accompagner pour un climat apaisé.
Pour conclure l’interview accordée au site Kepppar.com, le secrétaire général de la SNTN a tenu à remercier sa famille, les techniciens de surface ainsi que la presse qui a participé à sa médiatisation. C’est à cet effet qu’il a été promu meilleur jeune leader travailleur engagé par la structure Club model Afrique Diaspora. La cérémonie aura lieu le 06 février au Terrou Bi sous la présidence de son excellence Macky Sall et de l’ambassadeur de la France au Sénégal.
Amélie Dioumba Badj et Awa Badiane


