AccueilEducationLa permanence de l’éducation dans la société africaine

La permanence de l’éducation dans la société africaine

Quand on écoute, attentivement, « la chanson naïve et monotone de la berceuse qui endort son enfant » (Keïta FODEBA – Minuit), on se rend tout de suite compte du fait que, non seulement la chanson n’est pas si naïve que cela, mais aussi que la berceuse ne fait pas seulement que bercer son enfant ; en même temps, elle l’éduque.

C’est ainsi que la berceuse dit : « KUY LAAL MA DEM BA SABAR GA CA NDAAYAANDEE, KUY LAAL NDAAT SAAY, KUY LAAL SAMA DOOM JEE, KUY LAAL MA JIGEEN » ou « QUI TAPE A LA CEREMONIE DE TAM-TAM A LAQUELLE J’AI ETE A NDAAYAANDE, QUI TAPE DU PIED EN DANSANT, QUI TAPE MON ENFANT, QUI TAPE MA FILLE ».

Par-là, la berceuse montre que « taper » peut avoir plusieurs significations différentes ; que « taper », sur un enfant, peut être synonyme de « violence faite à l’enfant », tout comme il peut être un acte qui participe de l’éducation de l’enfant. La berceuse, de poursuivre : « SAMA DOOM, SAMA SOOPPEE, DUNDAA MATAA JOOYOO, MOOM LAAY JOOY NDAH YAALLA, BOO DUNDEE BA MËN LIGGEEY, FERAL SAAY RANGOOÑEE » ou « MON ENFANT, MON BIEN-AIME, SEULE LA VIE VAUT DES PLEURS, QUE JE PLEURE AU NOM DE DIEU, DE SORTE QUE, QUAND TU VIVRAS JUSQ’A TRAVAILLER, TU POURRAS ALORS SECHER MES LARMES ».

La leçon qui se dégage de ces propos, est que la femme dans son foyer, est comme le roi dans sa « cuisine », où tout n’est que peines, souffrances et privations, sans (ou avec peu de) moments de plaisirs et de satisfactions, personnels. En retour, la récompense, c’est le plébiscite, pour le dirigeant et, pour la femme, la réussite de ses enfants. Or, aujourd’hui, le dirigeant « se fiche » pas mal d’être plébiscité ou non (l’arme de la duperie lui suffit) ; tout comme la femme « se fiche » pas mal de la réussite ou non de ses enfants (si tant est qu’elle accepte d’en faire). Tous, ils n’ont plus en vue, que leur réussite propre, leur bien-être propre et leur épanouissement individuel.

 

Quant au « Livre des Morts » de l’EGYPTE antique, il n’enseigne pas seulement, il éduque aussi. Il enseigne que toute personne qui vit sur terre, mourra un jour, pour ensuite ressusciter et être traduit en jugement dernier, pour être envoyée en Enfer (et y être punie), au Paradis (et y être gratifiée) ou dans le Néant (et y disparaître à tout jamais). Seulement, à y regarder de plus près, le « Livre des Morts » n’était pas vraiment destiné aux morts, mais bien aux vivants, à qui il montrait ce qui les attendait à l’au-delà, pour les amener à vivre décemment, à privilégier les bonnes actions et à éviter les mauvaises, à vivre une vie de « MAÂT » ou « MÀT » (de mesure, d’équilibre, de justice, de perfection et d’éternité), plutôt qu’une vie de « ASEFET » ou « AS FETË » (comme une étincelle de feu, éphémère).

 

En fait, dans l’Afrique Noire Traditionnelle, il n’y avait pas, à proprement parler, un endroit, un temps et un moyen, uniques, pour l’éducation ; au contraire, tout, pratiquement tout, était pris comme prétexte, pour éduquer. Mieux, tout, avant tout, avait pour motif premier ou cause première, l’éducation ; c’est ce qui s’appelle « l’éducation permanente ». Le bol de repas, autour duquel, se regroupaient tous les membres de la famille africaine, n’avait pas pour objet premier de les nourrir, mais de leur apprendre à cohabiter en harmonie, dans la famille, au sein de la société et dans la Nature. Un paysan qui faisait de la riziculture, ne le faisait pas d’abord, pour la récolte attendue, mais pour des soucis relatifs à l’équilibre environnemental ; c’est pourquoi, il ne produisait pas n’importe quoi, n’importe quand, n’importe où et n’importe comment. Et la récompense à sa contribution, à la préservation de l’environnement, c’est le riz qu’il obtenait. Aujourd’hui, la femme, à qui était dévolue la plus grande partie de cette éducation, se débarrasse, de plus en plus, de ce fardeau, de plus en plus porté par des entités incontrôlées et inaptes à cela : l’homme, la rue, l’école, la radio, la télévision, les journaux, l’internet, etc.

Aujourd’hui, d’aucuns se demandent qui, (i) de la nudité, affichée et grandissante, des femmes, qui affaiblit la virilité des hommes (de plus en plus transformés en « sous-hommes ») et libère la femme de l’autorité masculine et (ii) l’abandon des foyers et de l’éducation des enfants, par les femmes, qui, de ces deux scandales, est le plus pernicieux ? Dans le passé, en Afrique Noire, les femmes étaient moins habillées qu’aujourd’hui, le plus souvent en seins nus et avec un pagne qui arrive à peine aux genoux. Seulement, les gens étaient alors si bien éduqués, qu’ils ne regardaient et ne percevaient que ce qui était nécessaire à leur démarche du moment ; c’était notamment le cas, pour les enfants. En vérité, la nudité progressive, des femmes, n’est que le corollaire de l’abandon des foyers et de l’éducation des enfants ; les trois se renfoncent, mutuellement. En vérité, c’est l’offre d’éducation qui est à la base de tout bien et, l’absence d’éducation, la base de tout mal.

 

Eduquer, c’est inculquer (i) des valeurs morales qui améliorent les qualités de l’être et le rend toujours plus humain et (ii) des connaissances empiriques (par le biais des organes de sens), rationnelles (par le biais du cerveau) et spirituelles (par le biais du cœur). L’acquisition de ces valeurs morales et de ces connaissances, permettent à l’individu de pouvoir s’insérer harmonieusement dans la Nature et dans la société, d’y trouver sa place et d’y acquérir des biens matériels (objets), rationnels (idées) et spirituels (sentiments). C’est dire donc que l’éducation consiste, finalement, à améliorer et à aiguiser les organes d’acquisition de connaissances de l’individu et d’aptitudes à utiliser ces connaissances ; et, cela se fait de quatre manières, à savoir (i) l’influence des comportements d’autres personnes, positivement, comme par la négative, (ii) l’assimilation des connaissances acquises aux différents niveaux du système éducatif et ailleurs (famille, école, vie publique, etc.), (iii) l’auto éducation, par le choix volontaire des comportements à imiter et des connaissances à acquérir et (iv) l’éducation fournie, par soi-même, à d’autres, qui est également une manière de s’éduquer.

 

Finalement, tout est dans le contrôle et la gestion, des trois types d’organes d’acquisition de connaissances, de l’individu, à savoir (i) les organes de sens, par l’apprentissage à toujours mieux voir, mieux écouter, mieux goûter, mieux renifler et mieux sentir, (ii) le cerveau, par l’apprentissage à conduire des réflexions, à produire des idées et (iii) le cœur, par l’apprentissage à s’oublier et à servir, à pardonner et à prier, à produire des sentiments et à développer des presciences. Pourtant, il faut un prisme de lecture de ce qui est jugé bon et de ce qui est jugé mauvais, correct et incorrect, acceptable et inacceptable, normal et anormal, ordinaire et extraordinaire, positif et négatif, constructif et destructif, progressiste et « régressiste », etc. ; il faut des principes, des règles et des normes, à partir desquels, tout se mesure, c’est-à-dire, une vision globale du monde, une cosmogonie bien élaborée. Et c’est à partir de cette vision globale du monde, cette cosmogonie, que s’élabore un corpus de principes, de normes, de règles, de valeurs et de symboles, qui va servir de base à l’éducation des trois types d’organes, à l’organisation et la conduite de la vie, à l’échelle familiale comme à l’échelle de la société toute entière. Pour l’Afrique Noire, la reconstitution de cette vision globale du monde, de cette cosmogonie, ne saurait faire l’économie de deux préalables, à savoir (i) la lutte contre les aliénations culturelles, d’où qu’elles viennent et (ii) le recouvrement de notre conscience historique collective et de nos langues.

 

Quand une société humaine n’arrive plus (ou arrive de moins en moins) à (i) distinguer les valeurs, les connaissances et les comportements, positifs (qui contribuent à améliorer) et négatifs (qui contribuent à détériorer), (ii) inculquer les valeurs, les connaissances et les comportements, positifs, à ses membres et (iii) censurer les valeurs, les connaissances et les comportements, négatifs, aux niveau de ses membres, une telle société se condamne à piétiner sur place, à décliner, voire à disparaître. Quand deux personnes différentes ou deux sociétés humaines différentes, se rencontrent, elles peuvent (i) n’exercer aucune influence, l’une sur l’autre, (ii) s’influencer positivement ou (iii) s’influencer négativement.

Quand une personne ou une société commence à décliner, cela veut dire qu’elle a perdu ses repères. Elle doit alors reculer, reculer et reculer encore, jusqu’à retrouver des repères anciens et solides. « KU HAMATUL FOO JËM, DEELLU FA NGA JOGEWOON » ou « QUAND ON NE SAIT PLUS OÙ L’ON VA, L’ON RETOURNE D’OÙ L’ON VIENT ». Il s’agira ensuite de s’appuyer sur ces repères anciens et, avec les connaissances et les valeurs, positives comme négatives, acquises entre temps, se projeter, à nouveau, en avant, vers un futur plus prometteur. L’éducation permanente exige que, chaque action humaine envisagée ou entreprise, ait comme motif premier, l’offre éducative et, comme motif second, une utilité sociale ; toute action humaine, qui ne répond pas à ces conditions, doit être refusée et rejetée, condamnée et prohibée ; cela est encore plus valable, pour les « TASKATU HEW HEW YI » ou « LES GENS DE LA PRESSE ».

 

L’éducation est d’une telle importance, qu’elle constitue le baromètre le plus sûr de la réussite d’un homme. En effet, la réussite d’un homme ne se mesure pas à l’aune de la fortune accumulée (foncière, mobilière, immobilière, financière, etc.), mais à la nature et à la qualité de la progéniture que cet homme aura laissée, derrière lui. Que de fois, un homme a été riche parmi les plus riches, dont la progéniture, après sa mort, a sombré dans la misère matérielle (mendicité déguisée ou ouverte) et la déchéance sociale (prostitution, délinquance, morts prématurées) ; car, on ne peut pas récolter du maïs, en semant de l’arachide. L’homme qui a vécu dans le mal et de biens mal acquis, ne peut engendrer que des maux, sinon pour lui, à coup sûr, pour sa progéniture (qui hérite de tous ses « biens ») ; par contre, un homme qui a vécu dans le bien et de biens bien acquis, ne peut engendrer que des biens, sinon pour lui, à coup sûr pour sa progéniture (qui hérite de tous ses biens). Très souvent, ce sont les géniteurs qui sacrifient, à l’avance, l’avenir de leurs propres progénitures.

 

Ainsi, l’offre familiale d’éducation, consiste, non pas seulement à inculquer à sa progéniture, des connaissances et des valeurs humaines positives, mais d’abord et avant tout, à acquérir et pratiquer soi-même ces connaissances et ces valeurs. C’est d’autant plus vrai que, comme le rappelle la sagesse populaire, « KEWEL DU TËB, DOOM JI BËTTË » ou « LA PROGENITURE SUIT TOUJOURS LES TRACES DES GENITEURS ». Qui veut récolter de l’arachide, doit semer de l’arachide ; qui vit dans le mal, prépare l’Enfer, sur terre et à l’Au-delà, pour ses propres enfants. Dans cette offre familiale d’éducation, la place de la femme est centrale, dans la mesure où c’est elle qui enfante, éduque et entretient les géniteurs, c’est également elle qui enfante, éduque et entretient les progénitures. C’est pourquoi, « BU JIGEEN JENGEE, ADDUNA TUKKI » ou « QUAND LA FEMME DERAPPE, C’EST LA FIN DU MONDE ». N’est-il donc pas temps que les femmes se réveillent et se ressaisissent, se rendent compte de l’évidence et reprennent toute la mesure de leurs responsabilités et les assument courageusement ? Elles ne doivent pas continuer à se laisser aller ; car, l’avenir de l’Humanité est entre leurs mains ; les hommes ne font que les accompagner. C’est à elles de choisir entre maintenir et faire progresser l’Humanité ou la faire disparaître.

 

 

KOLDA – Février 2017

Cheikhou GASSAMA

Pharaon KEPHREN (KAAFIRUUNA)

0Tel: 77 499 31 22 – gassamacheikhou@yahoo.fr

 

 

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Must Read

spot_img