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Edito du Mercredi : De la refondation de l’Etat

L’urgence de la refondation de l’Etat ne fait plus aucun doute. La répétition est pédagogique : notre république est en danger. L’affaire du soit disant protocole de Rebeuss est d’une gravité extrême. Deux personnalités au plus haut niveau de l’Etat en sont arrivées à se disputer un litige financier à coup de milliards de francs CFA. D’où viennent ces milliards de Francs CFA pour des personnes qui n’ont jamais créé d’entreprises (du moins connues des sénégalais) ni justifié une quelconque fortune ? La publication des rapports de l’Inspection Générale d’Etat (IGE) et de l’OFNAC et du brulot du Colonel Ndaw avait mis à nu un système de pillage scandaleux de nos deniers publics et un démantèlement de ce qui faisait jadis notre fierté : notre administration. Un Etat où l’administration se livre à de telles légèretés est un Etat en danger. On comprend le faible taux de l’investissement dans notre pays car les investisseurs sont loin d’être rassurés par de telles pratiques. L’amicale des administrateurs civils avait tiré la sonnette d’alarme. Selon elle, le dérèglement a commencé depuis 2000 avec une prolifération des contrats spéciaux (plus de 1500 en un seul mandat, alors que la moyenne était de 50) destinés à enrichir leurs bénéficiaires et par conséquent de détourner les deniers publics. Des recrutements qui sont aux antipodes des pratiques d’une administration moderne. Des dysfonctionnements graves sont signalés dans tous les secteurs d’activité. Le bradage du patrimoine foncier bâti et non bâti, l’organisation du Fesman, la gestion du sommet de l’OCI en étaient une parfaite illustration. Aujourd’hui les marchés de gré à gré à coup de milliards atteignent des niveaux jamais égalés. La découverte du gaz et du pétrole est accompagnée de scandales financiers qui ne disent pas leurs noms. Les litiges fonciers persistent ainsi que le bradage du domaine public maritime. Ceux qui ont occupé et qui occupent encore des responsabilités publiques doivent des explications au peuple sénégalais. En plus de l’administration, les sénégalais ont l’impression que la notion de peuple disparait de plus en plus. Notre économie est sous la domination du capitalisme étranger, nos valeurs culturelles sont dévoyées, l’éducation et la formation ont perdu leur lustre d’antan. La cohésion sociale est en péril. Un système mafieux de dévolution familiale et intergénérationnelle du pouvoir bloque toutes les initiatives de progrès. Il appartient maintenant aux forces patriotiques de se mobiliser pour rompre avec ces pratiques d’un autre âge et pensant à la refondation de notre Etat. Les dignitaires religieux, de toutes confessions, doivent aussi lancer des fatwas contre ces pratiques et dérives mafieuses et arrêter de couvrir les auteurs de ces pratiques informelles et de les féliciter. La refondation de l’Etat passe :
– par la mise ne place d’un management public motivant, qui donne du sens et crée de la valeur pour les citoyens. Ce management ne peut se faire qu’avec des individus dotés d’un sens élevé des responsabilités conscients de leur véritable rôle dans la société, désintéressés et détachés des choses matérielles ;
– pour le gouvernement et ses démembrements, par une politique de communication interne et externe authentiques et dénoués de tout esprit partisan et de manipulation. La capacité de communication (écrite et orale) des membres du gouvernement et autres agents de l’Etat doit être une exigence ;
– par la mise en place de politiques et programmes de formation ambitieux et valorisants des agents du service public (Savoirs, Savoir-Faire, Savoir-Etre et Faire-Savoir) et un investissement massif dans l’éducation des citoyens;
– par un système d’organisation rigoureux et flexible à la fois. Une Politique Nationale dans les domaines de la Qualité, de l’Hygiène, de la Sécurité et de l’Environnement doit permettre un fonctionnement optimal des organes de l’Etat à travers des manuels de procédures et de normes bien huilés et bien appliqués (Ecrire ce qu’on va Faire; Faire ce qu’on a Ecrit et Contrôler ce qu’on a Fait) ;
– et enfin une politique de recrutement professionnalisée qui met naturellement en avant le mérite professionnel par rapport au mérite politique…
Le peuple sénégalais garde toujours son énorme potentiel et sa formidable capacité de se remettre en question, de rebondir et de remettre en cause les systèmes déviants. Son besoin de refondation est immense. Il lui faut juste un nouveau leadership pour optimiser ce potentiel et l’aider à relever les nombreux défis du développement. Excellente journée

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