AccueilFaits DiversLes Chroniques de Mame Fatou : Ilaa Touba !

Les Chroniques de Mame Fatou : Ilaa Touba !

TAXI

J’étais là, scotchée, à l’attendre. Lui, calmement, était accroché à son mobile. J’ai fait la moitié du chemin, je devrais descendre et continuer à pied, en emportant son argent. Il l’aura cherché. Mais j’avais la paresse de marcher sous ce soleil.

Je n’en pouvais plus avec cette :

  • Monsieur, svp, vous conduisez là ! Ce que vous faites n’est pas du tout prudent ; vous risquez votre vie et la mienne et moi je ne le permettrai pas…

Il ne m’a pas regardée. Il souriait, au téléphone. On doit vraiment lui faire plaisir à l’autre bout… Il m’a entendue. Alors, il se gare. Entre couper l’appel et m’affronter, il a préféré la méthode la plus paisible pour lui, se garer.

J’étais là, les yeux grands ouverts :

  • Waa ? Mais vous là qu’est-ce qui vous prend ? Je vous rappelle qu’il y a une cliente à côté là

Pas de réponse ! Il pouffe de rire, toujours au phone. Plus insolite encore, pendant tout le temps qu’il s’est garé, il a retenu un vendeur d’amulettes. Le gars aussi ken rawuko, il attendait avec patiennnnce. Il ne semblait point être dérangé par l’indifférence du chauffeur. Pendant que moi je rouspétais, pour nous deux hein, lui souriait, au calme 🙂

Dernière tentative :

  • OK ! Maintenant, dites-lui que vous conduisez, qu’il vous rappelle plus tard. Ou alors je pars avec votre argent. Choisissez et vite !

Bizarrement, je n’étais pas furieuse. Le monsieur me faisait rire, je ne sais pas pourquoi. Je me suis montrée très patiente. Soit damay Jëm mag, soit sama rabbu hybride bi moo ñëwul.

Cette fois, il s’exécute ; il raccroche son téléphone, parle avec le marchand et se tourne vers moi :

  • Vous disiez Mlle ? J… Nekk ci waacaayu Màggal gi rek billaay (Tout sourire ! Kii rekk moo feex)
  • Ahhh oui ? Parce que moi je ne suis pas dans les préparatifs du Màggal ? Pourquoi vous ai-je dit que je suis pressée alors ? Lol

Dans ma tête, j’essayais d’étudier la personnalité du taximan, quand le vendeur – obligé de monter pour aller chercher la monnaie en ville – s’y mit :

  • Saa waay gis nga de, Màggal gi de fimu ne ci la nu nekk nii, ilaa Touba rek… Saa Ndey bi nak mom dafa melni mi ngi ci yeneen !
  • Hein ?!!! Mais vous là est-ce que ça va chez vous ? Ce monsieur vous fait attendre sous le soleil pendant un bon moment, vous donne un billet de 5000 FCFA pour 750 et vous avez le temps de sourire et le défendre ? Ok. C’est bien. Restez entre vous. Moi je vous laisse…

Ñii ku leen mere tooñ sa bopp !

Je suis descendue à mon arrêt, leur souriant, moi aussi…

Mame Fatou Sy

mamefatousy@yahoo.com

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