Les ravages de l’argent facile. Plus une société organisera sainement (en toute transparence) sa relation avec l’argent, plus elle progressera. Malheureusement les démons de l’argent supplantent de plus en plus les vertus de la sagesse organisationnelle.
La financiarisation de l’économie pénalise toute la société. L’argent peut te donner une position (souvent éphémère et fragile) mais pas le respect. L’argent peut payer d’éminents spécialistes en médecine pour un malade mais ne peut pas lui donner la santé. L’argent peut acheter du sexe (avec le risque élevé d’attraper une maladie) et pas de l’amour (qui est une nourriture exceptionnelle). Il est bien connu, sauf pour les amnésiques, obscurantistes, oisifs, prédateurs et prévaricateurs, que l’argent ne fait pas le bonheur. Les évènements passés et actuels nous démontrent encore ses effets destructeurs aussi bien dans les pays développés que ceux sous-développés en passant par les émergents. L’argent est devenu un outil de déstabilisation dangereux pour la société et les individus. La situation est plus dramatique dans nos pays sous-développés où les besoins primaires sont loin d’être satisfaits. Notre asservissement à un système financier étranger est déjà un lourd fardeau pour nos peuples, si on y ajoute des dirigeants qui entretiennent des relations troubles avec des personnes dont l’origine licite de leur fortune est difficile à prouver, la situation devient préoccupante. J’ai été choqué d’entendre dans une vidéo qui circule actuellement sur internet un individu accuser nommément des présidents de pays d’Afrique de l’ouest et du centre, de malversations financières et d’entretenir des relations occultes avec des individus peu recommandables. Ce qui est encore plus choquant, c’est l’absence de réaction de ces dirigeants et de la justice de leurs pays. Avec le scandale de l’évasion fiscale relatée dans les « Panama Papers », la justice de certains pays s’est saisie de l’affaire et a ouvert des enquêtes, d’autres personnalités incriminées ont démissionné ou avoué. Chez nous c’est le calme plat, comme d’habitude d’ailleurs. C’est l’opacité générale et l’obscurantisme dans toutes les activités où rode l’odeur de l’argent. Combien nos dirigeants ont-ils encaissé (en catimini) pour accueillir deux ex prisonniers de Guantanamo ? Combien ont-ils encaissé (en catimini) pour participer à un contingent militaire en Arabie Saoudite ? Combien se chiffrent les commissions occultes dans les projets miniers du pays ? dans l’exploitation des gisements de gaz et de pétrole ? dans les 55 milliards du Palais des Congrès ? les 45 milliards de la Cité de l’Emergence ? des 32 milliards de l’Arène Nationale ? L’histoire de notre pays est jalonnée de cas de corruption, de concussion, de prise illégale d’intérêt et de trafic d’influence où la motivation principale est l’argent. Notre système bancaire national a fait faillite dans les années 80 à cause de la relation malsaine entretenue par une classe politico religieuse avec l’argent. Ces catégories de dirigeants ont placé l’argent au cœur de toutes leurs actions. Ils sont prêts à éliminer mystiquement leurs adversaires si leurs sources d’enrichissement sont menacées. Ils évitent toute personne qui ne partage pas leurs idéologies de prédation et de prévarication. Les militants de leurs partis se crêpent souvent le chignon pour de l’argent (public) distribué par leur chef. Leurs pratiques nauséabondes et répugnantes ont transformé nos pays en république bananière où tout s’achète avec l’argent (les votes, les transhumants, les diplômes, les marchés, les emplois, les créances…). Ces pays deviennent des plaques tournantes de toutes les trafics (drogues, voitures de luxe…) et du blanchiment d’argent sale. La conséquence de cette relation malsaine entretenue avec l’argent, est la rupture des liens sociaux, le recours systématique au maraboutage pour avoir de l’argent. Le slogan « khaliss dagnou koy lidienti, ken dou ko liguey : oui aux manigances et non au travail » est né au Sénégal. L’argent est la cause de plus de 80 % des divorces, de plus en plus nombreux. Les familles et les amitiés se disloquent à cause de l’argent. Les entreprises nationales ne peuvent prospérer à cause des abus de biens sociaux de dirigeants qui confondent souvent chiffre d’affaires et bénéfices. Ils entretiennent leurs femmes et leurs maitresses avec l’argent de l’entreprise et du pays. A la disparition du dirigeant, l’entreprise peine à se pérenniser à cause des querelles d’argent entre les nombreux héritiers. Quelqu’un te sollicite pour que tu lui fasses une proposition pour une entreprise en te disant que s’il gagne le marché il te choisira comme formateur ou consultant. Tu lui fais la proposition et puis il disparait. Quelque temps après, tu entends qu’il a exécuté le marché avec un autre formateur bradé. Trahison, conspiration, méchanceté gratuite, jalousie maladive et manque de reconnaissance sont motivés par l’argent. « L’argent que tu accumules ne te suivra pas dans ta tombe » disait le sage. Il suggérait d’éviter l’argent sale car pouvant altérer l’intégrité physique et mentale de la descendance nourrie avec cet argent. Un poisson pourrit toujours par la tête. C’est à la tête de l’Etat que le bon exemple doit venir. Nos dirigeants doivent retrouver une relation saine avec l’argent en rendant au trésor public la partie de leurs fortunes issue de privilèges indus ou de détournement de deniers publics, en éliminant les fonds politiques et réduisant leur train de vie disproportionné. Notre justice doit résister à la tentation de l’argent facile pour sécuriser les investissements et le vivre ensemble. Continuons le combat citoyen pour montrer que nous pouvons créer, partager et pérenniser des richesses par le travail et l’abnégation. Continuons ce combat pour faire émerger une nouvelle citoyenneté dans une nouvelle république plus juste, plus unie, plus solidaire et en progrès. Excellent weekend



