Celui qui a donné le nom de jungle à ce no man’s land de plusieurs hectares à Calais dans les Hauts de France a surement pensé à des animaux avant de sortir ce mot. Même les animaux de la jungle peuvent se balader en toute liberté et chasser ou manger des herbes pour vivre. Quand plus de 6000 êtres humains sont parqués dans un espace exiguë et dépourvu de toute commodité de base et sans moyens de subsistance, leur situation est pire que celle des animaux dont certains ont des rayons dédiés dans les supermarchés occidentaux.
L’image est saisissante des cars qui doivent servir à transporter ceux qu’on appelle les migrants ou réfugiés selon le cas (quand l’occident se déplace en Afrique, on parle d’expatriation) avec les sièges couverts de plastiques pour éviter la salissure des « animaux ». C’est comme lorsqu’une embarcation transportant ces « migrants » accostent dans une île italienne, sauvés par des gardes côtes qui ont des masques bien vissés pour se protéger des odeurs. Qu’est-ce que l’Afrique a fait à l’humanité pour mériter un tel traitement ?
La France généreuse et humaniste pouvait-elle éviter cette concentration humaine qui peut s’assimiler à une catastrophe humanitaire des périodes peu glorieuses de l’histoire ? Ne pouvait-on pas avoir une approche proactive d’accueil et d’orientation de personnes qui ne font que perpétuer un mouvement naturel des êtres humains sur terre ? Quand une catégorie de la population se permet d’incendier un centre d’accueil pour ces populations déplacées, la situation devient préoccupante.
La première étape du démantèlement du campement de Calais a démarré hier lundi. Près de 2000 personnes ont été évacuées en autocars vers des centres d’accueil répartis dans toute la France. Bien avant le lever du jour, une centaine de personnes, essentiellement des Soudanais, attendait de pouvoir partir avant même l’ouverture des grilles de la gare routière. Le transfèrement des « animaux » de la jungle vers les « zoo » se fait devant toute la presse internationale, comme pour être le témoin de l’échec du monde entier incapable de gérer ses flux migratoires. Nous sommes tous des êtres humains et méritons d’être traités comme tels, dans nos pays d’origine comme nos pays d’adoption.
Peps Gueye
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