Keppar- Le partenariat France Sénégal est appelé de tous nos voeux. Le premier ministre français Manuel Valls vient de séjourner au Sénégal où il a affirmé que l’Afrique noire est bien rentrée dans l’histoire. Avait-il besoin de contredire Nicolas Sarkozy qui avait déclaré le contraire à Dakar. Cette forme de paternalisme et de condescendance ne nous arrange pas. Une francophonie de partenariat à la place d’une francophonie de paternalisme est plus adaptée à nos préoccupations. Toute communauté liée par une langue est une opportunité de tisser des liens et de coopérer pour le bénéfice de ses membres. La communauté francophone peut exploiter les nombreuses opportunités liées à sa diversité, son ancienneté et son ancrage dans la mondialisation.
Pas de situation d’asservissement, de soumission et d’assistée.
Cependant, il est important que des règles de fonctionnement claires et transparentes soient édictées et que la communauté puisse être mutuellement bénéfique à ses membres. La diversité des composantes de la francophonie fait que chaque membre apporte des sensibilités différentes du fait de ses valeurs culturelles spécifiques. S’il y a une négation des valeurs de part et d’autre (perdant/perdant), chacun se replie sur soi, pousse à la critique de l’autre, se résigne à une situation de contestation de la légitimité de la communauté qui finira par s’autodétruire. L’attrait d’autres communautés devient plus fort. Si une partie de la communauté se renie par rapport à l’autre (perdant/gagnant), elle se place automatiquement en situation d’asservissement, de soumission et d’assistée.
Cette situation, qui concerne de nombreux pays sous-développés de l’espace francophone, crée des dysfonctionnements importants dans leur système de gouvernance. L’élite politique en place se livre à des pratiques obscurantistes et démagogiques pour essayer de légitimer leur pouvoir et leur appartenance à la communauté. Les préoccupations culturelles spécifiques sont reléguées au second plan dans la gestion du système éducatif. La cohésion sociale et l’équilibre de la société sont sérieusement compromis. Lorsque la puissance coloniale impose son hégémonie (gagnant/perdant), on se retrouve dans une situation de paternalisme insupportable.
La « Françafrique » est le symbole vivant de cette situation
La communauté est utilisée pour les besoins de l’expansion politique de la puissance dominatrice, pour ses intérêts économiques, son rayonnement culturel. Il est peu fait cas des préoccupations des peuples qui subissent cette domination. La « Françafrique » est le symbole vivant de cette situation qui perdure. L’Afrique francophone devient le terrain de prédilection des manœuvres, deals, combinaisons pour préserver un certain ordre politique et économique. Les investissements de la puissance dominatrice sont accompagnés par leurs experts, leurs filiales occupent un pan important du tissu économique de nos pays. On ne nous impose pas des Accords de Partenariat Economique (APE) qui maintiennent nos pays en zone de débouchés et de consommation pour les produits de la puissance dominatrice.
La francophonie que nous appelons de nos vœux et que nous exigeons est une francophonie de partenariat (gagnant/gagnant). La communauté francophone doit apporter un bénéfice à chaque composante et créer de la valeur pour les entités qui la composent. La francophonie doit respecter les spécificités culturelles de chaque pays et leurs droits à l’autodétermination et la souveraineté (politique, économique, culturelle). Notre intérêt est de promouvoir nos langues nationales dans nos politiques d’éducation et de formation sans négliger la langue commune pour les besoins de l’imprégnation mondiale et de la cohésion de la communauté.
La francophonie des affaires doit créer les conditions du développement des investissements productifs dans les pays les moins avancés, favoriser les filiales communes avec les capitaines d’industrie locaux et les experts consultants de nos pays pour maintenir une partie importante de la valeur ajoutée créée dans les pays d’Afrique francophone et faciliter les transferts de technologie. La francophonie doit donner la priorité à une éducation de qualité, favoriser la formation professionnelle qualifiante pour développer l’employabilité des ressources humaines des pays les moins avancés. Cette forme de mise à niveau des pays donnera à la francophonie sa véritable vocation de communauté d’intérêt.
Le combat le plus important que doit mener la francophonie est celui pour la bonne gouvernance et l’état de droit. Ce cadre de référence démocratique doit faciliter la coopération entre les pays membres de la francophonie. La coopération n’est possible que si chacun coopère réellement. Elle s’arrête automatiquement lorsqu’un des acteurs ne coopère plus. D’où le besoin impérieux d’être très clair sur les termes de la coopération engagée. Pour sa bonne réalisation, elle sera soumise à des indices de réalisations concrets, régulièrement revisités et acceptés par tous.
Peps Gueye



