Les liaisons dangereuses de nos politiques sont préoccupantes pour la démocratie et l’état de droit. L’action politique peut être noble lorsqu’elle est l’œuvre de patriotes désintéressés et mus par le seul désir de servir leur nation et de transformer la société en créant de la valeur pour ses citoyens. La valeur réside dans la possibilité donnée à tout un chacun de bénéficier d’une éducation et d’une formation de qualité, de se soigner dans de bonnes conditions, d’habiter dans des logements décents, d’occuper des emplois décents, d’avoir un confort d’achat et de consommation dans un environnement sain et de pouvoir se détendre et profiter d’activités culturelles et récréatives épanouissantes avec leurs familles. Ce processus de création de valeurs a de quoi occuper l’action d’un gouvernement sans relâche et sans temps mort et avec dévouement et abnégation, transparence et intégrité. C’est le sens du mandat que le peuple confie à ses dirigeants.
A la place de la recherche de solutions pour ces préoccupations fondamentales pour la vie et la survie d’une nation, nos politiques pratiquent en permanence et sans scrupules des détournements d’objectifs, des parjures et forfaitures. Les liaisons dangereuses commencent dès leur accession au pouvoir. Ils commencent par mettre le pays en campagne électorale permanente en pensant à leur réélection : C’est le recrutement de transhumants et de soit disant porteurs de voix pour massifier son parti. Ce recyclage de prédateurs constitue une première rupture du pacte républicain et une négation des valeurs que ces tenants du pouvoir avaient promis de défendre. Les liaisons dangereuses avec les institutions constituent l’entrave la plus grave des règles démocratiques. Le tripatouillage de la constitution et du processus électoral à des fins partisanes et pour perdurer au pouvoir, est une insulte à la dignité de tout un peuple.
Un peuple attend deux choses de ses dirigeants (comme un client par rapport à une entreprise) : est-ce vous tenez vos engagements ? et comment faîtes-vous pour résoudre mes préoccupations ? Force est de constater que nos dirigeants foulent aux pieds toutes leurs promesses et passent à côté des priorités du peuple qui les a élu. Des liaisons dangereuses sont établies avec leurs familles biologique et politique. Incapables de dire non à ces familles et voulant apparaître comme des héros, les dirigeants n’hésitent pas à impliquer leurs proches dans la gestion de la chose publique avec les conséquences que l’on sait. Ils ont aussi l’outrecuidance de prétendre enrichir leurs partisans avec les deniers publics. Des liaisons dangereuses avec les foyers religieux et les groupes ethniques sont motivées par des raisons purement électoralistes. Des liaisons dangereuses sont fréquentes avec les milieux d’affaires souvent gangrénés par des pratiques mafieuses de prédation et de prévarication. Les systèmes de commission occultes y sont légion et le terrain est propice pour des blanchiments d’argent à grande échelle. Le cas du pétrole sénégalais est édifiant. Les questions posées par les lanceurs d’alerte sont légitimes.
Le dénominateur commun de toutes ces liaisons dangereuses est l’argent. La relation malsaine entretenue avec l’argent commence à la tête de l’Etat (Un poisson pourrit toujours par la tête). Quand un pouvoir dispose, avec les fonds politiques, de sommes astronomiques en toute discrétion et sans contrôle, toutes les dérives sont possibles. Il n’est pas étonnant que le sport favori dans le pays est le « lidieunti khaliss » ou trouver de l’argent à tout prix. Ces liaisons dangereuses expliquent en grande partie notre situation de sous-développement car l’économie souterraine qu’elles créent devient difficilement contrôlable et favorise l’informel et la fuite de capitaux vers l’étranger. Décréter la fin de l’impunité, vouloir réduire le mandat à 5 ans, rappeler à des dignitaires religieux que le mandat est placé sous le signe de la bonne gouvernance et de l’Etat de Droit, créer l’Ofnac pour contrôler sa propre action, refuser le dictat des institutions financières internationales étaient des intentions qui allaient dans la bonne direction. Cependant, le peuple sénégalais a été berné par plus de 50 ans d’incantations, de discours mielleux, d’usines à gaz, de promesses non tenues et de vœux pieux…Nos dirigeants ont toujours trahi le pacte signé avec le peuple. A se demander s’ils aiment vraiment leur pays.



