« Dix ans après le démarrage de l’initiative, au départ accueillie avec beaucoup de scepticisme et de moquerie, la Grande Muraille verte* est aujourd’hui considérée comme l’une des plus innovantes et audacieuses initiatives de l’histoire de l’humanité – une vraie « merveille du monde » », a déclaré Janet Edeme, au nom de Tumusiime Rhoda Peace, commissaire du département de l’Économie rurale et d’Agriculture de la Commission de l’Union africaine, lors d’une importante rencontre tenue à Dakar pour rebooster l’initiative. Et surtout organiser la mobilisation des fonds supplémentaires promis à Paris lors du Sommet sur le climat (COP 21). Les décideurs mondiaux et les partenaires clés du développement s’étaient alors engagés pour une enveloppe de 4 milliards en faveur de la Grande Muraille verte, au cours des cinq prochaines années.
46 % des terres africaines sont actuellement touchées par la dégradation des terres, menaçant les moyens d’existence de près de 65 % de la population du continent. L’action prévue le long de la Grande Muraille verte vient donc au moment opportun. En 2015, plus de 20 millions de personnes dans le Sahel étaient en situation d’insécurité alimentaire. Les populations les plus vulnérables face à la pauvreté et à la faim vivent dans les zones rurales. Une grande partie de leurs revenus provient de l’agriculture. La main-d’œuvre non qualifiée provenant des zones rurales n’est plus aussi facilement absorbée dans des villes qui ont déjà atteint leur point de rupture.
Face à l’absence d’opportunités, les migrants économiques qui en ont les moyens entreprennent de longs voyages, souvent dans des conditions désespérées. Beaucoup risquent leur vie à la recherche d’une vie meilleure sur le continent européen. Davantage sont attendus rapidement – des millions sûrement, alors que le changement climatique amplifie la menace déjà posée par des ressources naturelles en déclin. « Nous comprenons tous que l’initiative Grande Muraille verte va au-delà de la simple mise en place d’une bande de verdure, pour être une stratégie de valorisation des potentialités des zones sahélo-sahariennes, avec une réelle implication des acteurs à la base et des collectivités locales », a martelé le ministre sénégalais de l’Environnement et du Développement durable, Abdoulaye Balde. « De nos efforts et convictions dépend déjà notre survie. »



