La mendicité au Sénégal prend de plus en plus des dimensions inquiétantes. Plus des milliers de jeunes enfants, le plus souvent des talibés sillonnent les villes de Dakar à la quête de pitance. Vêtus de loques, ces enfants, laissés à eux-mêmes, souffrent le martyr pour se tirer d’affaire.
Venus de différent horizons, notamment dans la sous-région, les enfants sont pour la plupart confiés à un marabout qui se charge de les apprendre le Coran. Confronté à un manque de moyens, ce dernier oblige les enfants à aller mendier dans les rues pour leur survie. Ainsi, si certains approuvent cette forme de pratique, pour d’autres cette pratique contribue à enrichir un marabout véreux. Entassés comme des sardines dans un bâtiment délabré, sans aucune protection sociale, tel est le sort réservé à ses enfants.
Trouvé au milieu de la rue, ce petit garçon vêtu d’un culotte et d’un tee-shirt, lutte contre le froid. Ils sont nombreux à se réunir sur cette place habituelle qui est devenue leur lieu de rencontre. Assis à terre, en train de discuter, peut-être sur les recettes de leur longue journée de quête, ces talibés, comme des commerçants, font leur décompte.
Interpellé Modou lâche le morceau. «Je suis originaire du Saloum. Mon père m’a amené chez notre marabout pour qu’il m’apprenne le Coran. On est obligé de mendier pour avoir de quoi vivre. Notre marabout n’a pas les moyens de nous donner à manger», souligne-t-il. Mais pour cet enfant trouvé à l’entrée de la boulangerie, attendant avec impatient la sortie des clients pour espérer recevoir quelques pièces en retour, c’est devenu une habitude pour lui de venir fréquenter cette boulanger où on peut avoir facilement l’agent recommandé par leur marabout. «Je suis tout le temps ici, car notre marabout nous réclame d’amener chaque jour la somme de 500 fr».
Cependant, il faut noter que malgré la loi interdisant la mendicité des enfants, le phénomène de la mendicité prend malheureusement des dimensions inquiétantes, surtout avec le manque de volonté politique de l’Etat qui promettait de moderniser les daaraas. Ces enfants qui sont naturellement vulnérables sont confrontés à des viols de la maltraitance entre autres. Alors trouver vite la mesure salvatrice.
par Adnan Yahya


