La démission fracassante du magistrat Ibrahima Hamidou Dème du conseil supérieur de la magistrature a soulevé la colère du ministre de la Justice, Me Sidiki Kaba. Lors du vote de la loi portant création de l’Ordre national des experts du Sénégal (ONES), le ministre de la justice a chargé le magistrat avant d’insinuer qu’il risque des sanctions.
Le ministre de la justice garde de sceaux, Me Sidiki Kaba est furieux contre le magistrat Ibrahima Hamidou Dème, pour ses critiques acerbes contre le fonctionnement de la justice et particulièrement du Conseil supérieur de la magistrature dont il a démissionné. Interpellé hier sur la question, Me Sidiki Kaba a réprouvé la démarche de l’ex-substitut général à la Cour d’Appel de Dakar. « On a mis sur la place publique des débats qui n’auraient pas dû l’être. » Il cite l’article 11 du statut des magistrats qui leur interdit de traiter, dans les médias, de sujets autres que ceux d’ordres professionnel et technique. Me Sidiki Kaba a aussi cité l’article 14 qui prohibe l’adhésion à un parti politique, même en cas de détachement.
Ces précisions faites, le garde des sceaux s’est demandé, dans le cas du substitut général Dème : « Est-ce qu’on est en conformité avec ses statuts ou en violation flagrante » ? Poursuivant ses récriminations, il a ajouté : « on peut régler les questions de la justice sans entrer dans l’arène médiatique. Il faut éviter une justice spectacle, sensationnelle. Nous n’en avons pas besoins, car il y a un cadre approprié pour débattre de toutes les questions essentielles.
Ces précisions faites, Me SIdiki Kaba a prévenu que lorsqu’un magistrat sort de ce cadre, il sort complètement de règles. Ainsi, il lance à l’endroit du juge Dème ; On ne peut pas se donner une légitimité personnelle pour parler au nom des magistrats alors qu’on n’a pas été élu pour ça. »
Par ailleurs, le ministre est revenu sur les éventuelles sanctions qu’encourt le magistrat. D’emblée, il a déclaré que « c’est extrêmement grave » de dire que c’est le Chef de l’Etat qui va le sanctionner. Il n’a pas de pouvoir de sanction contre les magistrats. Il est président du Conseil supérieur de la magistrature dans sa fonction qui est celle de nomination. Mais lorsqu’il y a un magistrat qui viole les règles concernant sa profession, il comparait devant le tribunal des pairs. C’est le Csm, réuni en commission disciplinaire, qui prend une décision. Ce sont les magistrats eux-mêmes qui prennent une décision. », a-t-il précisé, tout en signalant qu’il y a des décisions de radiation et de rétrogradation. Compte tenu de l’influence du pouvoir exécutif sur le judiciaire, tout porte à croire que le Ministre de la justice Me Sidiki Kaba balise la voie pour d’éventuelles sanctions contre le juge Dème.



