L’instabilité a été évité de justesse lors de la crise gambienne et il est à saluer les efforts déployés par les uns et les autres. Cependant ce serait ridicule de vouloir nier le rôle important des Présidents Aziz de Mauritanie et Condé de Guinée qui, avec les tergiversations de la Cedeao ont réussi a convaincre le President Yaya Jammeh. Il est certes évident que leurs rôles déterminants restent sous tendus par un real politique qui devrait nous pousser à revoir notre diplomatie avec nos voisins. Et c’est regrettable la sortie du ministre des Affaires étrangères rejetant l’authenticité d’un prétendu accord suite au départ de Jammeh. Nonobstant tout ça, il serait judicieux de tirer des conclusions sur cette crise qui a failli déstabiliser la sous région et dont les conséquences ont été senties à Addis Abeba. La défaite concédée par Abdoulaye Bathily au poste de la Commission africaine n’est que la suite logique d’une série d’échec de notre diplomatie depuis quelques années.
Le premier échec de notre diplomatie
Déjà en 2012, lors de la crise malienne le Sénégal et les pays de la Cedeao ont fait montre de tergiversations et d’incohérences. On se rappelle des réunions interminables des Présidents et de leurs Chefs d’Etats majors jusqu’à ce que les groupes djihadistes envahissent la localité de Konna. La France soucieuse de ses intérêts déclenche l’opération Serval et exige des africains dont la Cedeao l’envoi de troupes. La diplomatie sénégalaise refuse d’y participer avant de se rétracter. Il était inconcevable que le Senegal voisin direct du Mali refuse d’envoyer des troupes et c’est le premier échec de notre diplomatie. Heureusement qu’un revirement fut rapidement noté. Il s’en est suivi l’échec diplomatique lors de la crise burkinabaise où Macky Sall fut reçu par des putschistes non reconnus par la communauté internationale. Ce qui avait fini d’irriter les dirigeants de la transition. Quant à la Cedeao, ses décisions sur la crise gambienne sont ridicules et dangereuses. il faudrait que nos dirigeants aient le courage d’assumer leurs responsabilités. Faut rappeler que la diplomatie sénégalaise a toujours été décisive en Afrique et à travers le monde. Blaise Compaore après 27 ans de pouvoir et à qui on reproche d’avoir assassiné Thomas Sankara et Norbert Zongo se la coule douce à Abidjan et tenez vous bien avec sa nouvelle nationalité ivoirienne. La Cedeao n’avait pas envisagé une intervention militaire au Burkina Faso car le Général Diendere et le RSP (forces spéciales) ne sont pas comparables à l’armée gambienne du Général Ousmane Badji. Même si le gouvernement se glorifie du règlement de la crise avec une présence massive de l’armée sénégalaise, on ne peut remettre en cause la médiation délicate de Conakry et Nouakchott. Nous devons certes nous faire respecter par une politique étrangère exemplaire mais faudrait aussi éviter des brouilles avec nos voisins par des déclarations inutiles.
Aujourd’hui d’une manière concentrique, il est urgent pour notre diplomatie de consolider d’abord les relations avec nos voisins (Mauritanie, Mali, Guinée et Guinée Bissau) avant d’aller faire valoir une certaine diplomatie au Yémen. Qu’elle absurdité pour notre diplomatie de vouloir envoyer 2000 militaires en Arabie Saoudite ?
Les sorties médiatiques du ministre sur les crises (gambienne et israélienne) sont condamnables et pourtant, il s’entoure d’experts chevronnés à l’image des ambassadeurs Mame Balla Cisse et du général Bakary Seck.
Une nouvelle ère s’ouvre en Gambie avec le Président Adama Barrow et le Sénégal a tout intérêt à jouer un rôle déterminant afin d’aider les nouvelles autorités de Banjul à répondre aux attentes des populations mais dans le respect strict des règles diplomatiques. Il n’appartient pas au gouvernement sénégalais ni aux organisations des droits de l’homme d’exiger la tête de Yaya Jammeh, c’est aux gambiens de s’en charger. Si Yaya Jammeh s’est permis d’emporter 7 milliards (ce qui est à prouver), c’est aux gambiens et à leurs dirigeants d’exiger des poursuites.
Nous sénégalais exigeons depuis longtemps de nos gouvernants qu’une lumière soit apportée sur des scandales non élucidés.Les milliards reprochés à Idrissa Seck depuis 2004 et que ce dernier demande même la mise sur pied d’un jury d’honneur, les 7 milliards de Taïwan non élucidés entre Abdoulaye Wade et Macky Sall. Le peuple sénégalais exige également la lumière sur l’élargissement et l’exil de Karim Wade que la justice à condamner à payer 138 milliards aux contribuables sénégalais et purger une peine de 6 ans.
C’est même stupide quand les dirigeants de la Cedeao et de l’Union africaine parlent d’une intervention militaire pour restaurer la démocratie. Cette idée d’intervention fut agitée au Burundi mais rapidement étouffée. Et pourtant des dirigeants africains continuent de piétiner les règles démocratiques dans leurs pays. La démocratie est juste un torchon qu’il utilise à bon escient pour nettoyer la chaise de leur pouvoir. Des constitutions sont modifiées pour se maintenir au pouvoir (Idriss Deby au Tchad, Sassou Nguessou au Congo, Kabila au Rdc, Nkurunziza au Burundi) et des référendums à l’africaine organisés pour les mêmes raisons (Macky Sall au Sénégal, Alhassane Ouattara en Côte d’Ivoire, Ali Bongo au Gabon).
Un énième échec de la diplomatie sénégalaise
Un énième échec a été noté avec le soutien inconditionnel que nous avons apporté au Maroc pour sa réintégration à l’Union Africaine. Il est important de rappeler qu’en 1984 le Maroc avait quitté l’Oua (Organisation de l’unité Africaine) dans des conditions regrettables et aujourd’hui notre diplomatie avait toute l’expertise nécessaire pour faciliter ce retour sans frustrer des puissances sous régionales comme l’Algérie ou l’Afrique du Sud. J’ose espérer que nos diplomates d’hier à l’image de Seydou Nourou Ba, Seydina Oumar Sy et ceux en activité vont réajuster cette diplomatie qui a toujours été la vitrine de notre politique étrangère.
On ne dira pas comme l’autre que la démocratie est un luxe pour les africains mais nos intellectuels ont tout intérêt à réfléchir pour une vraie démocratie conçue à partir des réalités africaines aussi bien religieuses que culturelles.
Quand Nicolas Sarkozy en 2007 a eu le culot de dire dans un espace de savoir que l’Afrique est mal entré dans l’histoire, nos dirigeants ont raté l’occasion de le remettre à sa place car en 2011, avec le soutien de ces mêmes dirigeants il a déstabilisé la Libye et une bonne partie de l’Afrique. Aujourd’hui encore avec cette crise gambienne qui a fini de montrer nos divergences, nos dirigeants devraient avoir comme priorité une diplomatie préventive et pacifique. Le Sénégal a un rôle majeur dans cette dynamique car après la Gambie, notre diplomatie est attendue pour le règlement d’autres crises en Afrique (Guinée Bissau, Libye, Congo…). A ce rythme le Senegal risque de ne pas trop peser quand il s’agira de se postuler parmi les pays africains membres permanents au Conseil de sécurité des nations unies.
Mamadou Demba Sow



