AccueiluneEdito du Mardi : La fanfaronnade à la sénégalaise

Edito du Mardi : La fanfaronnade à la sénégalaise

Fanfaronnade quand tu nous tiens. Au Sénégal, on est champion en tout et on ne manque jamais l’occasion de le faire savoir. Il suffit d’écouter le premier des sénégalais, son excellence Monsieur  le Président de la République  discourir pour le comprendre. A chaque intervention du chef de l’Etat, tu as l’impression que le pays est devenu une fontaine de jouvence. Les autorités sont tellement dans leur nuage qu’on aurait cru le pays transformé en eldorado. On comprend les mirages de la campagne électorale permanente.

Ce qui est paradoxal, c’est qu’on a l’impression que tout le pays s’est donné le mot pour organiser une série de conférences et d’ateliers où le micro est le plus tendu. La fanfaronnade est sur tous les tableaux. Tout y passe ; éducation, formation professionnelle, sciences. On met toujours les charrues avant les bœufs et les usines à gaz comme décor.

Le narcissisme est à son paroxysme quand on inclue l’autosuffisance alimentaire dans cette fanfaronnade généralisée. Le paradoxe nous vient directement d’une région qui était censée être le grenier du Sénégal : La Casamance. Dans cette région à haut potentiel rizicole et aux conditions naturelles idéales pour une production record, on y importe du riz pour manger. La fanfaronnade ne s’accompagne jamais d’actes concrets en termes d’investissements et d’équipements pour produire des résultats.

On pousse la fanfaronnade jusqu’à parler d’assainissement et d’eau à profusion alors que de nombreuses localités du pays vivent un drame quand il pleut et que l’eau potable, incolore et inodore est loin d’être garantie à toute la population. Dans certains quartiers de Dakar, c’est une eau totalement impure qui est servie à des populations qui tirent déjà le diable par la queue.

On va encore pousser la fanfaronnade maintenant que le Sénégal est retiré de la liste rouge des pays à risque terroriste par la France comme un bébé qu’on émancipe. Pourquoi en est-on arrivé là ? Le potentiel touristique est tellement sous-exploité que le pays mettra encore des décennies avant de profiter d’une hypothétique manne touristique. Comme le système bancaire, le tourisme est contrôlé par le capitalisme étranger qui exporte naturellement une grande partie de la maigre valeur ajoutée.

Un autre paradoxe qui pousse à la fanfaronnade, c’est le pays qui dispose selon le Directeur de l’Agence de Régulation des Marchés Publics (ARMP) d’un des meilleurs systèmes de passation des marchés au monde et en même temps être le pays où la corruption, la concussion, les prises illégales d’intérêt et autres trafics d’influence sont les plus développés. On se glorifie sans cesse dans ce pays sans que les résultats ne soient au rendez-vous.

On se réjouit de la nomination d’un compatriote dans une institution financière sous régionale  et c’est toujours l’occasion de pousser la fanfaronnade sur le CV démesuré de Mr Amadou Hott (ex DG du FONSIS) qui va rejoindre la vice-présidence de la Banque Africaine de Développement. La fanfaronnade sur les autoroutes, le pétrole et le gaz n’apportera pas la solution aux nombreuses préoccupations des populations qui ne savent plus à quel saint se vouer. Excellente journée

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