C’est la énième fois que le Président de la République affirme que des changements sont nécessaires dans le système Sénégal. C’est un nième aveu d’échec et une confirmation de son incapacité à mener le bateau Sénégal à bon port. A chaque conseil des ministres, on a l’impression d’être dans un début de mandat. Normalement le conseil des ministres doit consulter le déroulement de la feuille de route gouvernementale et étudier l’évolution et les résultats du projet de société défini au début de la législature. Mais à chaque fois on voit des incantations du président sur les actions à mener dans tel ou tel secteur et des mesures à prendre suite à certaines complaintes issues des populations comme le cas de l’érosion côtière provoquée par le pillage du sable marin. Des pans entiers de notre société sont dans un état de déliquescence avancé. On assiste à du véritable pilotage à vue. Les sénégalais sont bien prêts à changer mais n’ont peut-être pas le leader crédible et courageux qui peut les entraîner dans un nouveau challenge. Quand le peuple choisit un individu pour présider à sa destinée, c’est un changement majeur, comme lorsque deux personnes se marient, divorcent, ont leur premier enfant ou perdent un proche. Le changement est une donnée permanente dans l’existence d’un individu ou d’une organisation. Dans tout changement il y a une certaine perception de Risque (est-ce que je serais à la hauteur de ma nouvelle charge de Président ?), de Perte (Est-ce que je vais pas perdre les prochaines élections ?) et de Stress (Comment gérer les états de tension dans le pays ?). Un leader crédible et courageux affrontera avec sérénité ce changement et le considérera comme une opportunité de transformer positivement la société et la vie des citoyens. Les prédateurs vont considérer le changement comme une menace contre leurs privilèges (de chef de parti, de se servir et servir ses familles biologique et politique). Alors que les leaders vont mettre en mouvement la société et adopter des stratégies créatrices de valeurs pour les citoyens, les prédateurs, pour leur part, vont opter pour le statut quo, mettre le pays en campagne électorale permanente et procéder par pilotage à vue et colmatage sans résultats probants. Les sénégalais ne sont pas prêts pour changer, c’est parce que le premier d’entre eux n’est pas prêt pour changer. Monsieur le Président de la République, depuis votre prestation de serment, vous auriez pu donner un signal fort de changement en vous mettant en congé de votre parti et montrer que vous allez gouverner pour tous les sénégalais. Vous auriez pu aussi rendre au trésor public les fonds dont vous affirmez avoir bénéficiés comme privilèges accordés par votre mentor (je signale ces faits depuis votre élection). Vous aviez 65 % de la population (une confortable majorité présidentielle) pour vous soutenir dans des réformes courageuses pour changer les mentalités (indiscipline, paresse, oisiveté, argent facile, méchanceté gratuite, jalousie maladive, pratiques mystiques de destruction massive, larbinisme, tapalé ak tiakhane) et éliminer les pratiques informelles dans les organisations publique et privée (corruption, concussion, trafic d’influence, prise illégale d’intérêt) qui gangrènent notre corps social. Vous avez préféré ne pas scier la branche sur laquelle vous êtes assis (c’est votre conception du pouvoir) donc vous considérez le changement comme une menace pour vos privilèges personnels et claniques et non comme une opportunité de redonner au Sénégal toutes ses lettres de noblesses. Vous restez prisonnier de votre appareil politique (l’APR), de vos cercles familial et amical, des lobbies politico religieux, sectaires, maçonniques et financiers (la présence de Diagna Ndiaye et de certains affairistes dans votre attelage est très édifiant). La confortable majorité présidentielle s’est aujourd’hui délitée (confirmation lors des dernières élections locales) et le Sénégal est toujours une république bananière où les scandales sont étouffés comme lors des mandats de vos prédécesseurs. Les repères se perdent, les valeurs se délitent et le lien social est cassé. Je ne peux m’empêcher de citer mon amie Carole Diop qui analyse avec réalisme la situation actuelle du pays « Non mais j’adore mon pays sérieux. Il y a un projet de révision de la constitution en cours, des problèmes comme le chômage, les enfants qui mendient et subissent toutes sortes d’abus (on ne compte plus les cas de viol sur mineur) sans que ça ne choque grand monde, un système éducatif à la dérive et depuis 2 jours on ne parle que d’une affaire de SAC ! Seriously il est temps de revoir nos priorités. » Mon partenaire Ousmane a bien raison de dire que « La République roule sous le sceau de la rancune, de la vengeance et de la limitation de toute « capacité de nuisance » des opposants. Il faut museler tout le monde semble être le credo du pouvoir en place » Comment voulez-vous développer un pays dont les fondations sont en ruines ?
Tout individu a une certaine forme de résistance naturelle au changement, c’est humain. Cependant la responsabilité de la direction d’une nation est suffisamment grande et importante pour que ce changement soit géré avec efficacité et efficience et sans légèretés. Il est fondamental de faire le deuil d’un système obsolète et inopérant et avoir le courage de réformer en profondeur la société pour le mettre en mouvement. On peut tromper un peuple une fois mais pas tout le temps.
Excellent weekend


