Au-delà de la ferveur religieuse délirante, des manifestations festives, du tumulte des retrouvailles et réconciliations pathétiques, que nous inspire la succession d’évènements plus ou moins spectaculaires qui ont gravité autour de la désormais célèbre journée du vendredi 27 septembre 2019 ? Quels enseignements peut-on tirer de la réaction en chaine dont le catalyseur est sans conteste l’inauguration de la grande mosquée MasaalikulJinaan à Dakar? La prouesse et la performance dont a fait preuve le Khalif Serigne Mountakha Mbacké relèvent-elles d’un simple concours de circonstances, d’un heureux sort ou plutôt de la pire manifestation de la volonté divine ? Quant à nous autres disciples, patriotes ou simples croyants, qu’est-ce qui, dans nos attitudes respectives et notre comportement, a rendu possible que ce qui arriva ait pu arriver ? Quels ont été les rôles, les responsabilités et la contribution de chaque acteur ?

Autant de questions auxquelles nous allons essayer d’apporter des réponses en procédant par une analyse approfondie et exhaustive du phénomène.

Afin d’éviter les zones d’ombre ou déviations qui risqueraient de nous égarer dans une impasse, nous allons essayer autant que possible, de suivre les paramètres de l’hexamètre Quintilien en matière de rhétorique.

Serigne Mountakha Mbacké  »le purificateur »

Macky Sall et Abdoulaye Wade 300x194 MASAALIKUL JINAAN : la Mosquée de la Réconciliation

Tout d’abord qui est Serigne Mountakha Mbacké ? Certes il est le Deuxième Fils de Serigne Bassirou Mbacké et le Petit-Fils de Serigne Touba dont il est le Huitième Khalif*mais en dehors de cette définition classique et sommaire, tous ceux qui, de près ou de loin le connaissent tant soit peu, vous répondront spontanément : Un homme bon dans la pire acception du  terme, un homme vertueux et droit ; un érudit, un Sage qui s’émeut très rapidement devant une situation de violence, d’injustice ou de haine. Cet homme, au nom prémonitoire, Mountakha, qui littéralement signifie « le purificateur » par référence à un des attributs du Prophète Muhammad (PSL), cet homme donc est un véritable purificateur des cœurs, un fin connaisseur de l’âme humaine.

Le cœur est à la fois le réceptacle et le théâtre de diverses manifestations émotionnelles. Dans les moments de conflits d’intérêt, de survie et de jalousie, il se comporte comme un foyer ardent qui consume tout mais dans les moments de béatitude, d’euphorie collective et de foi, c’est un terreau fertile à l’éclosion de toutes les bonnes graines. A ce titre le Prophète Salomon (PSL) a dit dans l’Ecclésiaste : « au jour du bonheur sois heureux ; au jour du malheur réfléchis. » Pour que Serigne Mountakha ait pu lire dans les cœurs, il eut fallu qu’il soit forcément un homme de cœur, une personne qui privilégie l’amour sur la haine. En effet, de tous les sentiments, l’Amour est le plus susceptible d’élévation spirituelle et morale. Quand les Pharisiens ont demandé au Prophète Jésus (PSL) : « Maitre quel est le plus grand Commandement de la loi ? » il répondit : « tu aimeras ton Seigneur Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute la force de ton esprit » puis il enchaina :

« Et voici le second qui lui est semblable : tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Saint-Augustin archevêque de Cantorbery de renchérir « Thou hast made us for thyself O! God and our hearts are restless untilthey rest in thee »…tu nous ascréés en toi-même o dieu et notre Cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il repose en toi » (la cite de Dieu). Cet amour de Dieu et de son prochain, Serigne Mountakha l’aura incarné au plus haut point en faisant d’une pierre deux coups : l’inauguration de ce magnifique lieu de culte voué à Dieu et en même temps, dans ce moment de ferveur et d’unité nationale, la réconciliation des principaux antagonistes et acteurs politiques de notre pays pour le bonheur de tous. Tout le monde a joué sa partition dans ce moment d’allégresse ; cependant nous décernons une mention spéciale à l’Eglise Catholique et à la direction du diocésain qui a joué un rôle important et symbolique, en ayant permis à des fidèles musulmans, d’accomplir leur prière dans l’enceinte même de l’ecole sainte Thérèse de Grand-Dakar ; preuve que la prière, premier pilier de l’islam est obligatoire et doit être respectée comme telle quelles que soient les circonstances.

D’ailleurs, Serigne Touba lui-même n’a-t-il pas accompli sa prière du milieu du jour sur les vagues même d’un océan déchainé ? Il n’avait pas le choix. Au-delà des beaux discours et des concepts vides  de sens, les autorités de l’Eglise ont prouvé à leur manière que le peuple sénégalais est un et indivisible malgré ce qu’en pensent certains détracteurs et censeurs auto-proclamé,-honni soit qui mal y pense – Pourquoi Dakar ? Et pourquoi 2019 ? Comme qui dirait « pourquoi hic et nunc » ? Pour nous l’année 2019 est un véritable land mark dans l’histoire du mouvement mouride. Il se situe à un siècle soit cent ans de la conférence de Versailles qui réunit les principaux belligérants de la première guerre mondiale à Paris après l’armistice du 11 Novembre 1918 pour le rétablissement de la paix en Europe. Mais la différence de taille c’est que cette assemblée-là s’inscrivait dans une dynamique de règlement de compte et de responsabilité pour déterminer les répartitions de guerre ; alors que celles-ci du 27 Septembre 2019 s’inscrit un cadre de paix sociale de réconciliation et de retrouvailles. Pendant près des décennies la vie politique, religieuse et sociale était dominée par des tensions et de dissension interne qui créent un certain malaise- il fallait une voie autorisée et écoutée pour mettre fin à tout cela et ramener tout le monde à la raison : heureusement pour nous que Serigne Mountakha a su tirer le maximum de bien faits de ce moment propice du 27 Septembre 2019. Dakar comme on le sait a été une étape décisive dans le processus de neutralisation du saint-homme après que le tribunal d’Inquisition de Saint-Louis l’ait condamné à l’exil au Gabon. C’est à Dakar que le marabout a subi les pires sévices de la détention dans le cadre des épreuves liées à sa mission. Les chroniqueurs et conférenciers mourides aiment rappeler dans les moindres détails les supplices et les brimades que le Saint-Homme a encourues dans cette cité coloniale, de la fin du XIXème siècle. Ces faits divers constituent la face hideuse de la médaille que l’on se complait à commenter sans cesse or, puisque toute médaille a deux faces, ne devrait-on pas également exhiber l’autre face pour mettre l’accent sur les aspects positifs de ce bref séjour du marabout à Dakar ?

A cet égard, nos souvenirs et notre gratitude pour un devoir de mémoire, devraient nous forcer à magnifier l’intercession de Ibra Bineta Gueye Mbengue chef de Canton de Dakar-Ouest ainsi que l’hospitalité de toute sa famille notamment Sokhna Anna Diakhère Faye femme chaste et pieuse mais aussi toute la population de Thieuddème, toute la collectivité Lébou à laquelle nous rendons un vibrant hommage. Nous les confondons tous dans les mêmes éloges. Dès lors, pourquoi nous étonner du fait que le mouridisme revienne honorer la ville de Dakar qui a tant donné au Marabout ? Croyez-moi ce n’est pas un hasard si la Baraka du Saint-Homme a réussi à faire de Colobane, naguère considéré comme un ghetto, un sanctuaire de paix et désormais un lieu de pèlerinage sans conteste.Aujourd’hui force est de constater que Touba et Dakar se positionnent en situation de pole du mouridisme ; en fait ne sont-elles pas les deux plus grandes métropoles de notre pays ? Dakar la capitale nationale du Sénégal et Touba la capitale mondiale du mouridisme dans le contexte d’une dualité basée sur la foi et la bonne entente.

L’engagement et le professionnalisme de Serigne Mbackiyou Faye 

faye mbackiyou 300x178 MASAALIKUL JINAAN : la Mosquée de la Réconciliation

 

Au passage nous saluons l’engagement et le professionnalisme de Serigne Mbackiyou Faye qui a su concrétiser les aspirations de toute une communauté pour faire en sorte que le rêve devienne réalité. Un homme qui y a également contribué et qui a pesé de tout son poids sur la faisabilité de cette œuvre monumentale, c’est sans nul doute le défunt Khalif Cheikh Sidy Moukhtar, un unificateur et un homme de paix qui n’a ménagé aucun effort pour l’accomplissement de ce projet cher à Serigne Saliou. Que Dieu dans sa grâce infinie le place sur la plus haute marche réservée à ceux qui ont accepté le martyr afin que le Nom du Seigneur ainsi que sa Gloire soient exaltés de plus en plus forts et de plus en plus sublimes du haut des minarets.

Toutefois, nous ne pouvons pas nous contenter de relater ce qui, il y a seulement quelques jours s’est révélé comme une véritable apothéose et nous en tenir là. Pour revenir à la première question de notre esquisse, à savoir quels ont été les enseignements et réflexions que cet évènement évoque en nous ? Je crois que c’est la fin d’une longue épilogue parsemée d’incompréhensions  entre le pouvoir temporel et la communauté mouride. En accédant à la demande du Khalif Général qui exprime une opinion largement partagée, le Président Macky Sall a fait preuve de magnanimité et de grandeur d’âme. L’image sublime de sa réconciliation avec le président Wade nous a replongés dans l’univers cornélien de notre passé de jeunes collégiens  en nous rappelant cette belle parole d’Auguste : « soyons amis Cinna, c’est moi qui vous y convie. » c’est cela que tout le peuple sénégalais attendait de lui. Quand on est élu à soixante-cinq pour cent par ce même peuple, on ne doit être l’otage de personne sinon celui de son propre peuple ;ce peuple qui vous a élu parce qu’il vous aime. Dès lors tous ceux qui s’évertuent à paraitre spéciaux et incontournables ne sont que des imposteurs dont le seul objectif est la satisfaction de leurs besoins personnels.

Relation Touba et les hommes politiques

Les mourides ne sont pas chauvins ; ils ne sont ni sectaristes ni intolérants non plus. Souvenez-vous que Serigne Touba a soutenu la candidature de Blaise Diagne par une contribution importante à l’effort de guerre en 1914 ; souvenez-vous du soutien que le Khalif Elhadji Fallilou Mbacké a apporté au président Senghor chrétien fervent contre le musulman Lamine Gueye de 1951 à l’indépendance et au-delà jusqu’à sa mort en 1968. Souvenez-vous du soutien de Serigne Abdou Lahat à Abdou Diouf contre le mouride Abdoulaye Wade ; autant d’exemples qui démontrent s’il en est encore besoin que les mourides sont et restent universalistes et républicains. La seule véritable chose qui importe vraiment pour nous, c’est la considération et le respect accordés à notre guide ; pour nous c’est sacré. Oui, à présent nous pouvons affirmer sans ambages que par-delà la réconciliation Sall-Wade, c’est bien la réconciliation Communauté mouride-Macky Sall qui s’esquisse. Le Khalif l’a dit : « c’est un fils, un digne fils du terroir qui, par ses qualités intrinsèques tant intellectuelles que morales, peut apporter de précieuses pierres à l’édification de cette nation. Abdoulaye Wade aussi a été accrédité de l’étiquette de « père »,

Un père qui lui aussi, a déjà tant apporte à son pays et qui ne renonce pas à le faire malgré son âge. Nous devons nous inspirer de son expérience et de son patriotisme.

En définitive c’est tout le Sénégal qui y gagne et qui parvient ainsi à sauver sa réputation de pays de tolérance de paix et de démocratie afin que vive à jamais l’idéal de Masaalikul Jinaan dans les cœurs et les esprits

 

 

Idrissa Cisse N’DIAYE.

 

Conseiller Municipal à TOUBA

 

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