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Interview exclusive avec : Thierno Souleymane Agne qui nous parle de Fraisen

Malgré son jeune âge, Thierno Souleymane Agne n’est plus à présenter dans le domaine de l’agriculture sénégalaise. Le jeune entrepreneur agricole sénégalais, s’est lancé dans un secteur de production qui n’est pas encore très vulgarisé au Sénégal en vue de faire de ce secteur un label pour le Sénégal. Il s’agit de la production de fraises. Au pays de la Teranga, la fraise est un fruit qui est pour la plupart du temps importé. Au vu de ce contexte, Souleymane Agne, technicien horticole de formation décide de créer « Fraisen » pour produire un autre type de fraise made in Sénégal. Dans son champ situé à une quarantaine de kilomètres de la ville de Dakar, Souleymane Agne produit avec son équipe, une variété de fraise unique en son genre et aux saveurs exquises.

Souleymane Agne

Le leitmotiv de Fraisen est de produire de la fraise sans pesticides chimiques, très sucré et adaptée au marché sénégalais. Le jeune entrepreneur agricole s’est très vite fait remarqué par son travail et naturellement les fraises de sa marque se sont retrouvées sur le marché de plusieurs pays en Afrique. Souhaitant créer une communauté de producteurs de fraises en Afrique, Souleymane collabore avec des producteurs installés dans plusieurs pays africains. L’un de ses vœux les plus chers est de faire du Sénégal le, plus grand producteur de fraises en Afrique. Souleymane Agne a accepté accorder une interview à keppar.com afin de parler de son parcours, son travail pour la valorisation de la fraise africaine, ses projets et son message pour la jeunesse sénégalaise et africaine.

Qui est Souleymane Agne et quel est son parcours ?

Mon nom c’est Thierno Souleymane Agne. Je réside dans la région de Tambacounda. J’y ais fait tout mon cursus primaire et lorsque j’ai eu le BAC j’ai été orienté à la faculté de sciences juridiques et politiques pour faire le droit à l’Université de Dakar. J’ai passé deux ans dans cette faculté. Cette période fut un peu difficile pour moi car je ne disposais pas d’assez de moyens pour vive convenablement à Dakar. La distance entre mon lieu d’habitation et l’Université de Dakar était grande et il m’arrivait très souvent de faire le trajet à pied. 1h à 1h30 de marche que je faisais. Vu comme ça pour certains de mes camarades c’était une vie compliquée mais pour moi cette période était une bénédiction. Ma difficile condition de vie en tant qu’étudiant m’a permis de réfléchir sur des projets d’avenir. Ainsi, à chaque fois que je réalisais ces 1h, 1h30 de marche, je réfléchissais sur des projets d’avenir notamment en ce qui concerne le monde de l’entrepreunariat. Un jour, je me suis posé la question suivante : « comment ça se fait que nous les plus démunis venons à l’université pour faire le droit ? »

Je me suis dit que nous avons tous nos objectifs et nos orientations mais ce qui est sûr, on ne peut pas tous réussir dans le droit. Concrètement, quelle est la plus value que moi je peux apporter dans un domaine où l’on retrouve plus de 1000 étudiants ? Quel apport je peux apporter ? Est ce que c’est vraiment le secteur ou le domaine à suivre ? Est-ce qu’il n’y a pas un autre chemin à suivre ? Ceux sont autant de questions qui me taraudaient l’esprit. Je me demandais s’il n’y avait pas quelque chose d’autre que je pouvais faire dans le but d’apporter une plus value à la société. Une année, au cours des vacances universitaires, j’ai eu l’occasion de discuter avec mon père qui m’a raconté l’histoire de mon grand père et ce fut un déclic. Mon grand père s’appelait Thierno Souleymane Agne et nous sommes des homonymes.  Il ya donc quelques années, lorsque je suis parti en vacances, ce dernier m’a livré que mon grand père était un grand cultivateur. A son époque, il disposait de plus de 300.000 hectares de terre cultivables. Au cours de la deuxième guerre mondiale,  à chaque fois que mon grand père procédait aux récoltes, il donnait la moitié des récoltes à l’armée coloniale française qui comprenait des tirailleurs sénégalais. Par cette démarche, mon grand père voulait participer à l’effort de guerre en offrant des vivres à ses frères sénégalais qui montaient au front.

A la fin du deuxième conflit mondial, mon grand père a reçu trois médailles des mains du général De Gaulle. Ces trois médailles étaient constituées par la médaille du sauvetage, la légion d’honneur, la médaille du chevalier de l’ordre du mérite. Lorsque j’ai eu échos de cette histoire, j’ai eu comme une révélation. Je me suis dis Ok, si mon grand père a réussi à participer à l’effort de guerre pendant la deuxième guerre mondiale, pour moi il était évident que je suive ces traces. Ça m’a rongé le cœur de constater que parmi les membres de ma génération personne n’est au courant de la formidable histoire de mon grand père. C’est ainsi que j’ai décidé de me lancer dans l’Agriculture non seulement pour relever un défi personnel mais aussi travailler à faire connaître l’histoire de mon grand père à travers ma personne.

fraises senegalaises

En quelle année avez-vous lancé la marque Fraisen et comment le processus s’est déroulé ?

Lorsque j’ai effectué mon retour à Dakar, j’ai décidé d’abandonner mes études en droit pour se consacrer à l’Agriculture. En prenant cette décision, j’ai reçu de nombreux retours très négatifs. On me disait que j’étais tout simplement fou, désorienté. J’ai eu droit à toutes sortes de remarques. Moi de mon côté, j’étais déterminé, j’ai fait fi de tout et je me suis inscrit en première année à l’école nationale d’horticulture.  J’ai réussi le test avec brio, une fois que j’ai intégré l’école d’horticulture, je fus confronté à un autre préjugé. En effet, on m’a clairement fait savoir que tous les étudiants de cette école ont très peu de perspectives d’emplois. On m’a dit qu’il ya certains étudiants qui ont abandonné en cours de chemin pour s’orienter dans un autre domaine où il ya un peu plus de perspectives. Je me suis dit, ok, cela ne risque pas de m’arriver. Au lieu de chercher de l’emploi je vais créer mon propre emploi. Quand j’étais en deuxième année d’horticulture, j’ai décidé de lancer mon tout premier projet. Le projet consistait à faire la combinaison de l’apiculture, de l’aviculture et l’agriculture. L’idée c’était de faire la combinaison de ces trois cultures afin de réaliser une production 100% bio. L’aviculture, qui est l’élevage de volaille permet d’avoir à disposition des fientes biologiques. L’apiculture, l’élevage des abeilles permet de faciliter la pollinisation des plantes. La floriculture me permettait d’éloigner les insectes avec l’odeur car certaines fleurs ont des odeurs répulsives. L’Agriculture maintenant, devait bénéficier des résultats de combinaisons de l’apiculture et de l’aviculture afin de produire uniquement du bio. Avec ce projet qui s’est étalé sur 3 ans, je peux dire que ça très bien marché. Cependant, il est arrivé un moment où j’ai décidé de quitter le projet car la vision n’était plus la même avec mes camarades de l’époque, ceux avec lesquels j’ai lancé le projet. Moi j’étais beaucoup plus porté sur l’innovation et la création alors que mes camarades étaient beaucoup plus focalisés sur l’argent. J’ai donc quitté l’entreprise et j’ai lancé un autre projet, une autre start-up qui s’appelait Waalu ma Agri (Waalu signifie aidez moi, accompagnez moi). L’objectif de cette plateforme était d’accompagner les agriculteurs à mieux optimiser leurs activités car ils manquaient cruellement d’orientation. Avec d’autres collaborateurs, on a piloté le projet durant 4 à 5 ans et j’ai constaté un problème.  J’ai constaté un problème au niveau de l’accompagnement car les agriculteurs produisaient tous la même chose (oignons, tomates, carottes…). Le problème est qu’une fois la récolte faite et que le produit était disponible sur le marché, les agriculteurs vendaient leurs produits à vil prix ce qui n’était pas du tout intéressant. C’est là que je me suis dit qu’il fallait qu’on mette en avant d’autres types de culture. Pourquoi faire la même chose tous le temps alors qu’il ya plusieurs autres possibilités. J’ai alors commencé à réfléchir sur d’autres types de cultures comme la fraise, la framboise, la pomme. Quand j’ai proposé cette variété de culture aux agriculteurs, ils se sont montrés réticents

En fait, ils ne connaissent pas le processus de culture et ils disaient que c’était impossible de promouvoir ces types  de cultures diversifiées. Je me suis donc dit que le meilleur moyen de convaincre ces agriculteurs était de produire moi-même ces variétés ces variétés de culture et de leur montrer le résultat. Comme ça, ils seraient convaincus que c’est possible. Par la suite, j’ai abandonné l’accompagnement des agriculteurs et je me suis lancé dans la production de la fraise. Avec mes collaborateurs, on a fait des tests sur une longue période. Lorsque les tests furent concluants nous avons commencé à pénétrer le marché et on a démontré que c’est possible. C’est vrai, au début c’était compliqué, on a perdu beaucoup de temps et d’énergie. On a aussi perdu beaucoup d’argent. Je me rappelle qu’au début, nous avons investi autour de 18 millions de FCFA. On a d’abord commencé sur une superficie de 2000m2 et lorsque les tests ont donné de bons résultats on a décidé d’élargir la superficie à un hectare. Il faut dire que c’était un peu fou car on s’est fait très mal. Notre investissement de 18 millions est tombé à terre. En fait, on s’est trop précipité, on ne maîtrisait pas totalement le processus de culture. Certes, on a perdu 18 millions mais on a appris beaucoup de choses durant cette période difficile. Suite à cela, nous avons réussi à maîtriser le processus de culture des fraises et le projet à bien avancé permettant la naissance de Fraisen en 2016.

Fraises sénégalaises de FraisenLes fraises de Fraisen ont acquis une réputation de qualité indéniable, quel est votre secret ?

Chez Fraisen, nous misons beaucoup sur la qualité. Les années de tests et d’expérimentation nous ont procuré des bases solides afin de faire de notre start-up une référence. Nous appliquons rigoureusement les pratiques agricoles  qui sont associés à de l’innovation ce qui nous permet de produire de la qualité. Chez Fraisen, nous avons des valeurs qui s’articulent autour des points

suivants : la synergie, l’authenticité, l’innovation,

Thierno Souleymane Agne de fraisen

Votre travail a été reconnu à l’international par des distinctions. Pouvez-vous nous en dire plus sur ces distinctions ?

A notre niveau, on s’efforce de réaliser un travail excellent pour satisfaire un grand nombre de personne avec nos produits. Effectivement, ce travail fut remarqué à l’international  par l’obtention d nombreuses distinctions.

 

 

Les fraises de chez Fraisen s’exportent en Afrique, mais qu’en est-il du marché international ? Peut-on dire que Fraisen s’est taillé une place sur le marché international ?

Pour le moment, nos produits ne sont présents qu’en Afrique. Notre objectif premier est de mettre en place un réseau africain. Nous savons que la demande est forte sur le continent africain raison pour laquelle nous avons décidé de privilégier une production qui va combler les consommateurs africains. Nous souhaitons satisfaire d’abord la demande en Afrique avant d’aller à la conquête du marché international.

Vous avez pour ambition de créer un réseau de producteurs de fraises en Afrique. A quel stade se situe ce projet ambitieux et quels sont les pays africains où l’on retrouve la marque Fraisen ?

Durant la période 2018-2019, la culture de la fraise était une véritable réalité, les gens ont compris que c’était possible. De nombreuses personnes nous ont approchés pour manifester leurs intentions de se lancer dans la production de fraise. D’un autre côté, la demande était forte mais on n’arrivait pas à satisfaire tout le monde. On s’est alors dit qu’il fallait qu’on crée un réseau panafricain de producteurs de fraises. L’idée, c’était d’accompagner toutes les personnes qui souhaitent se lancer dans la production de la fraise. On les accompagnent en leur proposant des formations et des financements. A la fin de leur récolte, on se charge de recueillir les récoltes de ces producteurs du réseau et on commercialise leurs fraises au niveau de notre réseau avec notre label Fraisen.  Le réseau Fraisen a été officiellement lancé en Avril 2020. Présentement, nous sommes dans quatre pays africains : le Sénégal, le Cameroun, le Bénin, le Ghana

En plus des fraises à l’état brut, est ce que Fraisen propose des dérivées de la fraise comme les confitures ou les jus de fraises ?

A part la fraise à l’état brut, on a des jus de fraises, de la confiture de fraises, du sirop de fraises. Nous allons bientôt nous lancés dans la pâtisserie afin de proposer une large gamme de produits à basse de fraises. Nous souhaitons être présent au niveau de toute la chaîne de valeur et proposer différents gammes de produits à base de fraises.

Avec la pandémie du coronavirus le secteur agricole au niveau mondial fut lourdement impacté. Comment Fraisen s’est adapté à ce contexte de crise sanitaire ?

La pandémie du coronavirus fut un déclic pour nous. En effet, le covid-19 nous a ouvert les yeux et nous a fait prendre conscience du potentiel de notre start-up. On peut dire que la pandémie a donné un coup de fouet à notre politique de vulgarisation des produits dérivés. Le covid-19 a également mis en lumière, la capacité d’innovation de notre équipe, ce qui nous a permis de faire face à l’impact de la crise sanitaire, toute chose qui a boosté notre chiffre d’affaire de plus de 50%. Avant le covid-19, notre carnet de commande était à moins 40%. Durant la crise sanitaire, nous avons mis en place des innovations qui nous ont permis de nous démarquer et de proposer des solutions à nos clients.

Agriculture bio senegalSi vous avez un message à adresser à la jeunesse sénégalaise et africaine dans son ensemble, quel serait ce message ? 

Le message que j’ai a donné aux jeunes sénégalais et africains c’est de ne plus être attentistes, ils ne doivent plus se contenter d’être de simples observateurs. Il ne faut pas trop compter sur nos dirigeants car ils sont pour la plupart déconnectés des réalités. Ce ne sont pas nos gouvernants qui doivent prendre le contrôle de nos vies. La jeunesse africaine doit prendre son destin en main pour faire bouger les lignes. La jeunesse africaine doit se réveiller, nous devons apporter quelque chose de plus, une valeur ajoutée, nous devons innover afin de devenir indépendant. Ce n’est alors qu’en ce moment que nous pourrons nous faire respecter et nous imposer dans les instances de prises de décision. La jeunesse africaine possède un immense talent, il faut travailler à exposer ce talent à la face du monde. Nous les jeunes, on ira très loin si nous travaillons ensemble. Malheureusement, au Sénégal et un peu partout en Afrique, les jeunes ne savent pas travailler ensemble. Il serait intéressant de vulgariser des concepts comme celui qui repose sur le réseau Fraisen. Nous, jeunes, devons nous réunir et bâtir quelque chose de grand ensemble.

Quels ont projets pour l’avenir ?

On a de nombreux projets en vue dans les années à venir. Mais celui qui nous tient particulièrement à cœur et qui est primordial à mon sens c’est de réussir à fédérer les agriculteurs africains autour d’un but commun, un label de référence qui fait la part belle à la fraise. Je pense que nous sommes sur la bonne voie et que cet objectif sera atteint inchaallah.

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