Avec un peu plus de 75,5 millions d’entrées touristiques, les Etats-Unis d’Amérique s’imposent comme la 2e destination mondiale après la France et devant l’Espagne. Rayonnement culturel, véritable kaléidoscope de paysages, puissance artistique, aura hollywoodienne… le pays de l’Oncle Sam peut compter sur des atouts de taille, mais aussi sur son Programme d’exemption de visa (via la demande ESTA) qui lui garantit un flux continu de visiteurs s’affranchissant des lenteurs administratives. Tous les continents sont représentés dans la liste des pays « exonérés » du visa touristique. Tous les continents, sauf l’Afrique.

Qu’est-ce que la demande ESTA et le Programme d’exemption de visa ?

Il y a plus d’une trentaine d’années, l’administration du Président Reagan décide de lancer un programme ambitieux : celui de décharger certaines nationalités de la longue et fastidieuse demande de visa pour des séjours touristiques et des voyages d’affaires d’une durée maximale de 90 jours. Cette décision visait à l’origine à augmenter les recettes issues du tourisme, à renforcer le rayonnement culturel et économique des Etats-Unis d’Amérique dans un contexte de Guerre froide et de désengorger les consulats pour réaffecter les ressources humaines et matérielles vers des tâches à plus forte valeur ajoutée.

Ce fut un succès colossal. Le Programme d’Exemption de visa sera dans un premier temps ouvert aux citoyens britanniques en 1987 pour des raisons historiques et symboliques, puis aux ressortissants japonais un an plus tard. Les puissances européennes suivront dès 1989, et une batterie d’autres pays seront par la suite intégrés au cours des années 1990 avec, dans le lot, le premier pays asiatique (le Sultanat de Brunei), le premier pays d’Océanie (la Nouvelle-Zélande), le premier pays d’Amérique latine (l’Argentine), etc. Le premier pays africain n’arrivera jamais, pas même l’Afrique du Sud, qui constitue très souvent le seule et l’unique exception du continent dans bien des domaines.

Les attentats du 11 septembre 2001 ont imposé un réajustement du Programme d’exemption de visa par l’administration Bush. Les touristes ayant la nationalité d’un pays concerné par le programme devaient désormais remplir un formulaire en ligne, la fameuse « Demande ESTA », qui est une procédure en ligne réalisable en moins de 20 minutes avec une réponse favorable immédiate dans la majorité des cas.

La demande ESTA : une drôle de conception de la « nationalité »

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, certains pays Africains peuvent effectivement remplir les conditions posées par les autorités américaines. Ils sont peu nombreux, il est vrai, mais ils existent. De plus, le Programme d’exemption de visa inclut des nationalités « entières », dans leur diversité. Si le Programme d’exemption concerne la France, par exemple, « tous » les Français peuvent en bénéficier, car la « nationalité » est considérée « à faible risque »… une conception qui bafoue d’un revers de la main l’égalité des chances et le respect de la dignité humaine, à fortiori lorsque l’on sait qu’il ne s’agit que d’un séjour touristique ou d’affaires de 90 jours au maximum, et non d’un processus d’immigration débouchant sur une résidence permanente.

Bien sûr, les craintes sur l’immigration illégale sont fondées. Le nier, c’est faire preuve de démagogie. Mais si la demande ESTA concerne des pays comme Andorre, la Slovaquie, la Grèce (pendant sa crise économique étouffante), Saint Marin et (bientôt) la Roumanie, la Bulgarie et Chypre (selon les dires du Secrétaire d’Etat américain à la sécurité intérieure), nous ne voyons au nom de quel critère l’Afrique du Sud et peut-être même le Nigeria et la Guinée équatoriale (premier PIB par habitant en Afrique, devant a Slovénie, la Slovaquie, la Lituanie, l’Estonie, le Portugal et la Pologne, tous membres du Programme d’exemption) n’y figureraient pas.

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