chronique de pathé gueye

« La pensée politique moderne a majoritairement placé son espoir dans la démocratie », faisait remarquer Jean-Jacques Wunenburger. Or, la lecture de « Sale temps sur ma Démocratie », de notre compatriote Moussa Bèye nous émeut autant qu’un malheur réel. Naturellement, la brillante contribution a mis en exergue des faits alarmants et soulevé des questions auxquelles ont été apportées des éléments de réponse sur la base d’une analyse complète et détaillée de l’état actuel de la démocratie participative au Sénégal.

Les évidentes défectuosités et anomalies qui ne cessent de gangréner notre démocratie, confortent de jour en jour l’une des opinions largement partagée que le système démocratique sénégalais a un besoin urgent de réformes sérieuses. Le juriste sierra-léonais Abdul Tejan-Cole, en préfaçant l’ouvrage du Professeur Ismaila Madior Fall «Sénégal : Une démocratie « ancienne » en mal de réforme » publié au lendemain de l’élection présidentielle de février et mars 2012 au Sénégal, rendait compte d’ailleurs de «la nécessité de restaurer le prestige et l’autorité du parlement, de remplacer le Conseil constitutionnel actuel par une vraie juridiction constitutionnelle, de protéger la constitution contre des révisions qui « déconsolident » les avancées démocratiques et, en particulier, de consolider le cadre électoral sénégalais par le renforcement de l’indépendance des organes de gestion des élections et l’instauration des mécanismes de dialogue politique permanent ».

Depuis lors, quelle réforme prioritaire, efficiente et consensuelle a pu être enclenchée?  Quelle initiative ou mesure a été prise dans le but de mieux rationaliser l’activité politique tout en rendant optimale la gouvernance démocratique? Quelle attitude nos Gouvernants ont-ils adopté pour et/ou dans l’accomplissement de la finalité de la démocratie relative notamment au développement et au bien-être des populations?  Qu’avons-nous fait de notre rêve intime d’avoir dans notre propre pays un État organisé, rompant avec l’improvisation, l’amateurisme, la corruption, le mensonge et agissant selon un plan méthodique et une approche prospective?

Telles sont certaines des questions auxquelles à l’heure actuelle chaque citoyen sénégalais averti est capable d’y répondre sans ambages! En disant les choses clairement, le renforcement ainsi que la consécration de notre processus de démocratisation durant les dernières décennies ont cessé d’être le fruit d’une action collective largement partagée entre les différents acteurs concernés en lien avec la volonté réelle du Peuple sénégalais. Faire maintenir durablement à la tête de l’État sénégalais un obsédé de pouvoir jamais inassouvi a été dans le fond la seule feuille de route inscrite dans un calendrier politique et républicain mis en œuvre de manière sournoise, obéissant à une logique mesquine et à des impératifs affligeants. À sa guise, l’homme sans aucune lumière apparente, bien au contraire, usant et abusant de patronage, de clientélisme, de népotisme, de prébendalisme, fait dérouler au vu et au su de tout le monde son plan de s’accrochant au fauteuil présidentiel par tous les moyens et d’incarner en toute exclusivité l’essence de la République du Sénégal. Il s’est arrangé pour demeurer ce petit chef-président qui personnalise le pouvoir, asservit, instrumentalise, vassalise et vampirise toutes les Institutions politiques, l’appareil administratif, et même les contre-pouvoirs en présence. Le régime politique sénégalais appose sur son dos l’indélébile sceau « Non responsable » et lui décerne la fameuse médaille « Clef de voûte des institutions ». Il devient alors celui qui tousse pour être obéi, lève le petit doigt pour être servi et décide de tout à la seule condition qu’il s’éloigne de l’équivoque monstre dénommé: « Haute trahison ». Nous avons extrait de notre Constitution des pierres précieuses pour lui fabriquer un lourd collier pendant à son cou qu’il n’hésite jamais, en s’appuyant sur les toutes petites frêles épaules de son non encombrant conducteur et coordonnateur Premier ministre, à l’exhiber en Nous rappelant à tout bout de champ que lui chef de l’État :

  • Il est le gardien de la Constitution
  • Il est le premier Protecteur des Arts et des Lettres du Sénégal ;
  • Il incarne l’unité nationale
  • Il est le garant du fonctionnement régulier des institutions, de l’indépendance nationale et de l’intégrité du territoire
  • Il détermine la politique de la Nation
  • Il préside le Conseil des Ministres
  • Il signe les ordonnances et les décrets
  • Il nomme aux emplois civils,militaires et dispose de la force armée
  • Il est responsable de la Défense nationale, Chef suprême des armées
  • Il préside le Conseil supérieur de la Défense nationale et le Conseil national de
  • Sécurité
  • Il accrédite les ambassadeurs et les envoyés extraordinaires auprès des puissances étrangères ; les ambassadeurs et les envoyés extraordinaires des puissances étrangères sont accrédités auprès de lui
  • Il a le droit de faire grâce
  • Il peut adresser des messages à la Nation
  • Il nomme le Premier Ministre et met fin à ses fonctions et, sur proposition du Premier Ministre, nomme les Ministres, fixe leurs attributions et met fin à leurs fonctions
  • Il peut déléguer par décret certains pouvoirs au Vice-président, au Premier Ministre ou aux autres membres du Gouvernement à l’exception des pouvoirs prévus
  • Il peut en outre autoriser le Premier Ministre à prendre des décisions par décret
  • Il peut, après avoir recueilli l’avis du Président de l’Assemblée nationale et du Conseil constitutionnel, soumettre tout projet de loi constitutionnelle au référendum
  • Il peut, sur proposition du Premier Ministre et après avoir recueilli l’avis des autorités indiquées ci-dessus, soumettre tout projet de loi au référendum
  • Il dispose de pouvoirs exceptionnels lorsque les institutions de la République, l’indépendance de la Nation, l’intégrité du territoire national ou l’exécution des engagements internationaux sont menacées d’une manière grave et immédiate, et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ou des institutions est interrompu.

Voici enfin avec ses attributions constitutionnelles, somme toute, paradoxalement similaires à celles du Roi du Maroc, tel qu’il se nomme président de la République du Sénégal! Hey! Même si le lion a maigri le singe ne peut pas porter son body. Lui président de la République reste vraiment un BIG PAPA de la République. « Un chef, c’est fait pour cheffer », disait Jacques Chirac. Attendons-nous donc à tout car il va bien nous montrer au grand jour qui a mis l’eau dans coco. Oyez, oyez, oyez! D’ailleurs, puis que nous sommes des amnésiques, il invite à sa table en nous martelant « Moi, président, je suis ce qu’il y a de plus glauque dans mon Sénégal ». Ô mon Dieu comment peut-il cracher ainsi contre le vent pendant qu’il fait nuit noire sur son Sénégal!

D’ici à la prochaine et très attendue levée du soleil nous forçant à surmonter le petit-homme, Ô chers compatriotes sénégalais, ayons-nous du courage, devenons dans ce présent-ci qui NOUS SOMMES! Justement le Doyen Pr Amadou Mahtar MBOW, dans son célèbre Discours de Clôture des Assises Nationales, nous avait confessés qu’«il n’y a pas, dans la vie d’un peuple, de situations qui ne puissent changer. Tout peut changer, mais rien ne changera sans l’effort des volontés de tous ceux dont le destin est en cause. Notre destin n’est inscrit dans aucune fatalité. C’est à nous qu’il appartient de le forger pour nous-mêmes, et par nous-mêmes, et pour l’avenir de nos enfants et de nos petits enfants. Mais l’avenir on le fait, et on le fait dès maintenant, en commençant d’abord par résoudre les problèmes d’aujourd’hui et en menant des actions pouvant influencer positivement l’évolution ultérieure»…

 

Pathé Guèye-Montréal

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