Le changement et la réforme peuvent bien aller ensemble. La préoccupation réside dans le courage de changer des dirigeants et leur volonté politique de réformer en profondeur la société. En confiant la réalisation des projets d’envergure aux entreprises étrangères, le Président de la République affirme vouloir réformer le fonctionnement de nos administrations et par conséquent de nos projets de développement. La volonté de réformer est à saluer. Cependant qu’à fait le Président de la République pendant plus de 10 ans qu’il évoluait au sein de cet administration et pilotait de nombreux projets ? Qu’a-t-il fait depuis plus de 4 ans qu’il occupe la magistrature suprême ? En réalité il avoue l’échec d’un système qu’il a fortement contribué à installer et pour lequel il ne veut nullement se défaire. C’est une insulte à la dignité nationale en reniant la qualité de l’expertise nationale pour mener à bien ces types de projet. Les structures étrangères pilotent des projets au Sénégal depuis plus de 30 ans et le pays est resté sous-développé. En réalité le président a peur de changer et perçoit le changement comme une menace pour le système qui l’a façonné. La vraie réforme doit venir de la tête de l’Etat (un poisson pourrit toujours par la tête). Le Président de la République applique-t-il les règles d’efficacité et d’efficience d’une administration présidentielle ? Le nombre pléthorique de ministres, de sous-ministres, de dérivés de ministres (rires…) , de ministres conseillers, de conseillers spéciaux activistes ajouté à une prolifération d’agences budgétivores constitue un indicateur patent de mal gouvernance et montre une seule préoccupation : massifier son parti se faire réélire. Les scandales (financiers et de mœurs) prolifèrent à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Le vrai changement serait de réformer en profondeur les institutions de la république en se mettant en congé de son parti pour être le Président de tous les sénégalais, se mettre au-dessus de la mêlée, s’éloigner du Conseil Supérieur de la Magistrature pour assurer l’indépendance de la justice, s’occuper de stratégie (la structure globale de comportement du pays pour atteindre les objectifs) et laisser l’opérationnel à un gouvernement restreint et resserré. Je pense que le Président ignore que nous sommes un pays sous-développé, sur endetté et que nous ne devons pas vivre au-dessus de nos moyens. Le vrai changement serait d’éloigner sa famille de la gestion de la chose publique, d’éliminer les fonds politiques et d’instaurer l’égalité des chances comme principe de gouvernance. La vraie réforme serait de faire recouvrer au pays ses souverainetés politique, juridique, culturelle, économique, monétaire et financière. Le vrai changement serait de s’attaquer aux lobbies politico-religieux-affairistes qui ont infiltré et gangrené l’appareil d’Etat et réduire leur influence à une portion congrue, sans oublier d’éliminer les larbins et laudateurs qui agacent la quiétude des citoyens avec le slogan « émergence » sans en connaitre les tenants et les aboutissants. Le vrai changement serait dans la refonte de la structure sociale et de la cellule familiale (par exemple la polygame et ses ravages dans la société, mérite d’être réformée ou abolie). La vraie réforme serait de placer l’humain au cœur de toute stratégie de développement en investissant massivement dans l’éducation et la formation, dans une justice indépendante, dans un secteur privé national fort et dans la promotion de la production et la consommation locales. La réforme en profondeur de notre système éducatif est une exigence fondamentale. Le niveau de maîtrise de la langue de Molière et celle de Kocc Barma est facilement perceptible au niveau des médias où certains chroniqueurs, spectateurs, étudiants, écoliers et même ministres ne cessent de massacrer ces langues avec des « vraiment » et des « donc » à profusion et une gestuelle en décalage total avec les règles élémentaires de la communication. Les résultats des examens de fi d’année démontrent année après année l’état de malade chronique de notre système éducatif. Le vrai changement sera perceptible lorsqu’on ne parlera plus de secteur informel et lorsque les pratiques informelles de corruption, de concussion, de trafic d’influence et de prise illégale d’intérêt seront marginales. Le changement se verra lorsque la circulation routière sera plus disciplinée, les feux de signalisation fonctionneront normalement, l’électricité et l’eau seront disponibles en permanence, l’eau de pluie sera évacuée par un système de canalisation efficace. Encore une fois aucun projet ne peut réussir sur des fondations en ruines et dans une société qui a perdu ses repères moraux où les liens sociaux se sont déliés. Le rapport encore malsain entretenu avec l’argent risque de compromettre tous les efforts de développement. Le corps social est encore corruptogène et corruptible. Le pouvoir ne cesse d’attiser ce feu en continuant à parler de pluie de milliards dans le pays devant une population d’applaudisseurs désœuvrés. C’est l’emploi qui donne la dignité à un être humain et non les promesses à milliards. Le culte de la personnalité ne produit plus les effets escomptés. Les libertés sont régulièrement bafouées et les excès de libertés tuent la vraie LIBERTE. Notre pays (notre continent) regorge pourtant de talents et de potentialités qui ne demandent qu’à être valorisés et optimisés. Chaque citoyen doit avoir la chance de pouvoir gravir les marches de l’ascenseur social. Les compétences doivent permettre de départager les protagonistes engagés dans les projets. Les deniers publics doivent être protégés de tout acte de prédation et de prévarication. La solidarité nationale doit agir contre toute forme d’exclusion et toute forme de paupérisation. Le citoyen doit pouvoir vivre dans son pays (ou dans un autre du continent) sans crainte d’être spolié de ses biens ou d’être atteint dans son intégrité physique et mentale. 80 % des citoyens doivent souhaiter le meilleur pour leurs concitoyens, les encourager et s’inspirer de leurs réussites et réalisations de telle sorte que les 20 % de brebis galeuses qui trainent leur méchanceté et leur jalousie comme un boulet, seront marginalisés. Chaque citoyen doit pouvoir accéder aux financements de ses études, de sa formation tout le long de sa vie, de sa création d’activité ou d’emploi. PASSION – VISION – ACTION doivent guider le management à tous les niveaux de l’administration et du secteur privé. METHODE – ORGANISATION – COMMUNICATION doivent orienter les axes opérationnels des structures publiques et privées. MOTIVATION – CONFIANCE- INTEGRITE doivent être les socles de valeurs de chaque citoyen-acteur publique et privé. Chacun doit être conscient que dans tout changement il y a 3 dimensions : RISQUE, PERTE et STRESS et qu’il est important de gérer positivement tout changement en exploitant les opportunités d’amélioration au lieu de considérer uniquement les menaces. Le changement doit être dans la perception que les gens ont d’eux-mêmes, dans les pensées, dans les buts qu’on se fixe et le comportement qu’on adopte. La révolution humaine doit accompagner la révolution numérique et technologique pour permettre un saut qualitatif à nos jeunes nations. Le combat citoyen doit permettre de redonner à notre pays toutes ses lettres de noblesse et construire une nouvelle citoyenneté dans une nouvelle république plus juste, plus unie, plus solidaire et en progrès. Excellente semaine.



