Après un long silence, le député maître Djibril War, président de la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, membre fondateur de l’Apr, se prononce sur différents points de l’actualité. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, le Directeur de l’École du parti assène ses vérités sur l’affaire Karim Wade.
Maître, quelle appréciation faites-vous du dialogue national lancé par le Président Macky Sall ?
Le dialogue et la concertation, en tant que vertus et traditions, s’identifient à notre peuple depuis toujours. L’arbre à palabre le confirme bien. L’Apr, fidèle à son orientation, a toujours fait siennes ces valeurs, à travers son orientation, à l’image de son leader, homme de paix et d’ouverture. Le 28 mai est une date historique, en tant que concrétisation du vœu des Sénégalais dignes de ce nom, de tout bord, de nos autorités religieuses et coutumières, d’une très bonne partie de l’opposition, qui ont été présentes à cette historique rencontre d’échanges, dans la franchise et dans la convivialité. Je salue l’attitude des autres partis de l’opposition absents au lancement, qui ont assisté à la deuxième rencontre comme « Rewmi », « Bokk gis-gis », Aj/Pads, et invite les autres, comme le « Grand parti », à faire preuve de dépassement et de responsabilité.
Mais, dans votre parti, il y a des responsables qui ne sont pas favorables à un rapprochement entre le chef de l’Etat et son ancienne formation, le Pds…
N’en déplaise, l’Apr est bien un parti libéral ! Nous avons été présents à toutes les rencontres de l’Internationale libérale et du Réseau libéral africain. L’Apr a organisé à Dakar la 12e Conférence de l’Alliance des libéraux de l’Europe, du Pacifique, de l’Afrique et des Caraïbes (Aldepac). L’Apr se réclame du libéralisme social qui a comme valeur fondamentale l’humanisme. Ce que j’ai théorisé à travers le concept des 3 H : Humanisme républicain, Humanisme économique, Humanisme politique. Que l’Apr se rapproche du Pds, d’où nous sommes issus, le Président Macky et nous, ou avec les autres partis centristes de Jean-Paul Dias, d’Abdoulaye Baldé, de Modou Diagne, d’Idrissa Seck, serait dans l’ordre normal des choses. J’œuvre pour ça. Dans l’Apr, comme dans le Pds, il y a bon nombre de personnes qui ne sont guère dans les dispositions pour un rapprochement entre les deux partis et la libération de Karim Wade. Cette bataille, pour ou contre ce rapprochement, s’étend à des niveaux insoupçonnés, et se prolonge même, dans les instances de nos partis et entre responsables sur l’orientation idéologique. Moi-même, dans l’Apr, je subis des coups lâches de la part de certains responsables tapis dans l’ombre qui se cachent derrière des jeunes de la Cojer et leur présidente qu’ils instrumentalisent pour saborder et noyer l’Ecole du parti, dont la direction m’a été confiée par le Président Macky Sall. Lors de la dernière édition de l’Université républicaine, par des manœuvres sordides, ils m’ont empêché, une première dans l’histoire de l’Apr, de prononcer l’allocution inaugurale de l’Ecole du parti. C’est le Président, venu juste, en ce moment, qui a rétabli la situation. Dégoûtés, nous sommes partis. Il est grand temps que le Président mette fin à cette pagaille et cette indiscipline. J’espère que le projet de Session inaugurale de l’École du parti, prévue pour le mois de juillet, que j’ai présenté à monsieur le Président, lors du dernier Secrétariat exécutif national, ayant pour thème : « L’Apr face a ses obligations, devoirs étatiques, ses engagements politiques et ses intérêts partisans », pourrait être le prétexte, au-delà de la réflexion, de rapprocher le Président à ses chers et vieux compagnons.
La reddition des comptes constituait une demande sociale à laquelle votre parti et votre Coalition avaient souscrit, à travers votre promesse de campagne électorale. Mais, on a comme l’impression que la traque des biens mal acquis est terminée…
Quelle demande sociale ? La reddition des comptes n’aurait pas due être détournée de sa vocation et de sa finalité par des esprits pervers, haineux, revanchards, qui ont trompé le Président, pour assouvir leur vengeance sur la personne de l’ancien Président Abdoulaye Wade, à travers son fils, en utilisant la Crei. J’avais bien décrié ses limites, dès le début, de par ses règles de fonctionnement et de procédures qui jurent d’avec les règles d’une bonne justice dans un État de droit digne de ce nom, comme le Sénégal, à savoir le renversement de la charge de la preuve sur le dos de l’accusé, la violation de la présomption d’innocence et l’inexistence du double degré de juridiction admis même dans les procès de crimes, meurtres, assassinats, le mépris des principes fondamentaux du droit, tels que les attributs du droit de propriété, comme la donation, l’acte notarié qui fait foi jusqu’à inscription de faux. Vous vous rappelez les campagnes d’accusation de vols de véhicules, des humiliantes interpellations de chefs de villages, marabouts, pour confisquer, en plein jour, des voitures que le Président Wade leur avait gracieusement offerts, des tableaux de peinture «cachés ou enterrés dans des champs», portées en l’endroit de l’ancien Président qui, pourtant, après avoir félicité le Président Macky Sall, avant la proclamation des résultats du 2e tour de la Présidentielle de mars 2012, et l’avoir béni après par des prières, avait même instruit ses hommes, femmes, d’être à la disposition du nouveau Président, leur frère, pour qu’il réussisse sa mission.
Au vu de tout ça, quelles conséquences devrait-on tirer de cette affaire ?
C’est tout à l’honneur du Président, toujours égal à lui-même, dans son courage et son honnêteté, de reconnaître que la Crei, en tant qu’instrument judiciaire de reddition des comptes, présentait des limites. En tant que républicain, respectueux du principe sacro-saint de la séparation des pouvoirs, il ne s’est jamais immiscé dans les affaires relevant des juges. Le Sénégal, respecté, cité en référence comme État de droit, partie signataire des conventions internationales, bien que souverain, ne saurait ignorer les suggestions et avis d’organisations comme la Cedeao, le Groupe de travail des Nations-unies. Le Sénégal, connu pour la compétence de ses juges et de son administration, n’a pas besoin de juridictions d’exception. Maintenant que la sentence a été prononcée et a acquis l’autorité de la chose jugée, Karim Wade, qui a purgé la moitié de sa peine, pourrait bien être libéré.
Comment ?
Le plus tôt possible par la libération conditionnelle, la grâce présidentielle.
Mais, honorable, vous savez bien que la libération conditionnelle comme la grâce ont l’inconvénient majeur de ne pas effacer les effets préjudiciables attachés à la condamnation…
Dès lors qu’il est admis que la Crei présente des vices congénitaux, Karim Wade pourrait bien être libre par libération conditionnelle ou grâce présidentielle dans un premier temps. Ce qui ne constitue en aucune manière un élément dirimant pour l’Assemblée nationale qui pourrait voter d’abord une loi d’abrogation de la Crei, avec effet rétroactif sur les peines et leurs conséquences qui seront anéanties normalement, compte tenu de sa nature pénale et en vertu de la règle de l’accessoire qui suit le principal, et au besoin, une loi d’amnistie, non seulement en sa faveur et celle de ses co-condamnés, mais en faveur des autres personnes poursuivies dans le même temps, comme la sénatrice Aïda Ndiongue, Ndèye Khady Guèye. La paix n’a pas de prix. Si le Président Wade, à son accession au pouvoir, en 2000, avait réactivé la Crei –
il aurait bien pu le faire avec tout ce qu’il avait subi – pensez vous que les responsables du régime d’alors, pourraient échapper à la prison, vu la manière dont la Crei fonctionne ?
N’encourez-vous pas, alors, le risque d’avoir en face Karim Wade, qui pourrait compromettre les chances de réélection du Président Macky Sall ?
Vous vous rappelez que j’ai eu à faire de nombreuses visites à Karim. Son séjour carcéral, certes regrettable, ce long et pénible isolement, lui ont donné l’occasion d’avoir un recul, une introspection, un autre regard sur le monde, les amis, sur leur véritable nature. J’ai constaté, à travers mes visites, qu’il a beaucoup évolué dans la dimension spirituelle, dans la foi, avec l’exemplaire du livre du Coran en arabe et en français, avec les traductions des versets et sourates que je lui avais offert, qu’il commençait à ré-apprendre et à lire régulièrement. Jusqu’à ma dernière visite, après sa condamnation, il n’a jamais varié dans son esprit de dépassement ni manifesté une quelconque animosité à l’endroit de qui que ce soit, du Président Macky Sall, dont il persiste à croire, comme son père, qu’il a été abusé dans sa ferme volonté de lutter contre toute impunité. Imaginez ce qu’il devait ressentir, lorsqu’il voyait, pour la première fois, dans sa cellule, à travers la télé, ses anciens courtisans, hommes et femmes qui, comme des oiseaux picoreurs, reprendre leur envol migratoire au gré des saisons politiques, transhumance oblige, en direction du nouveau pouvoir, dans la proximité immédiate du Président et de la Première Dame, l’abandonnant à son triste sort. J’interpelle vivement sa mère et son père en leur rappelant 2 articles prémonitoires que j’avais écrits en 2007, période des rumeurs sur la «dévolution monarchique du pouvoir» : «Bon vent ! Monsieur le Président, mais méfiez vous surtout du Ressac» et «Monsieur le Président, préservez votre fils de ces gens-là !», toujours disponibles dans le net. Ce conte de fées a connu, hélas, une fin tragique dans la dure réalité.
Le mot de la fin, maître.
Je prie pour une solution entre l’État et les enseignants pour sauver l’année scolaire, un Sénégal de paix qui doit commencer par l’Assemblée nationale. Qu’on reconnaisse au Pds, à son chef, son droit de choix du président de son groupe parlementaire, comme c’est le cas pour tous les groupes, y compris le nôtre, qu’on mette fin à des conflits qui ne sont d’aucune utilité, qu’on revienne sur la décision, même fondée, de démettre madame le député Aïda Mbodj de sa fonction de présidente de Conseil départemental. Pour le remplacement du député Ousmane Ngom, au nom du droit et de la morale, c’est l’ homme suivant le démissionnaire sur la liste « Sopi » des députés qui est toujours resté militant du Pds qui devrait hériter du poste et non une autre qui avait démissionné du Pds et créé un autre parti. Dès qu’on est sur la liste des candidats, on est un député potentiel virtuel, comme un joueur de football, sélectionné sur la liste des 22. On n’a pas besoin de saisir le Conseil constitutionnel. Je souhaite aussi la réussite du Président Macky Sall, et de voir les 3 Présidents Abdou Diouf, Abdoulaye Wade, Macky Sall, ensemble autour d’un bol de « Thiébu djieune », concocté par Tata Elisabeth, Tata Viviane et Adja Marème Faye Sall, le plus tôt possible. Karim et le Président Macky Sall, les yeux dans les yeux, la main dans la main, comme la chanson pour le développement du Sénégal. Si le Président Macky Sall peut voir le Président Abdou Diouf, pourquoi ne le ferait-il pas pour le Président Wade ? Est-ce un péché ou un crime ? Pourquoi faire alors un communiqué de démenti d’une prétendue visite à Paris du Président Macky à son père Abdoulaye Wade qui a beaucoup fait pour lui ? De belles images que je vendrais à prix d’or. Je m’en vais tout de suite déposer cette idée à la propriété intellectuelle pour me réserver les droits avant que les filous ne me volent encore mes idées et projets, comme ils en ont l’habitude avec moi.



