La nouvelle a fait le tour du monde hier, dès la matinée. Le chanteur congolais Papa Wemba, emblème de la musique africaine, est mort suite à un malaise sur scène. Il participait à la soirée de clôture du Festival des musiques urbaines d’Anoumabo (Femua). Ce musicien, est parti comme un vrai roi de la scène, «le micro à la main», à l’âge de 66 ans.
Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba, connu sous le nom de Papa Wemba, a définitivement fait ses adieux à la scène ce dimanche à Abidjan. Alors qu’il participait à la deuxième grande nuit du Femua, qui se tenait dans la nuit du samedi à dimanche, sa prestation a été brusquement interrompue vers 5h 30 (heure locale). «Le roi de la sape» était très attendu avec son orchestre pour ce festival organisé par le groupe Magic System. D’après notre confrère Alioune Diop joint au téléphone depuis Abidjan, le musicien congolais a été victime d’un malaise qui l’a affaissé en pleine prestation lors du concert. «Tout était bien parti. Il a joué quelques morceaux et le public qui l’attendait était très joyeux. Puis soudain Papa Wemba est tombé», narre notre confrère d’une voix très triste. En réalité, les vidéos de l’incident, qui circulent sur la toile montrent que pendant qu’il était à terre, ces danseuses et choristes n’ont pas su sur le coup que leur leader était à terre. Elles ont continué quelques minutes à animer et danser avant de s’en rendre compte et de mettre un terme à leur prestation. On les voit toutes courir vers leur «leader» à terre, essayant de le redresser ou le réanimer.
Le roi de la rumba, narre-t-on, resta impassible jusqu’à ce qu’on le conduise à l’hôpital. «Le concert se termine en queue de poisson.» La nuit fut très courte pour les festivaliers qui, renseigne-t-on, pour beaucoup, n’ont pas pu fermer l’œil. Au petit matin, «à l’heure du petit-déjeuner, tous les festivaliers invités par l’organisation, cherchent à savoir comment ça s’est passé à l’hôpital pour Papa Wemba», narre Alioune Diop. Puis, «soudain, des femmes congolaises, des membres de son orchestre et le staff se sont mis à crier dans l’hôtel, à pleurer à chaudes larmes : Wemba !!! Wemba !! Wemba est mort !!», explique Alioune Diop. Il précise que «c’était trop triste et très émouvant de voir ses femmes crier et pleurer de douleur.» Interpellé sur l’état de santé de l’artiste avant le concert, Alioune Diop mentionne : «ces derniers jours durant le festival, j’avais trouvé Papa Wemba trop calme. Mais je ne savais pas s’il était souffrant ou s’il a toujours été quelqu’un de si calme». Après l’annonce de sa mort termine-t-il, «on nous a tous convoyés à l’aéroport pour retourner dans nos pays, pendant que le groupe Magic System et le ministre de la culture du Burkina Faso sont annoncés pour un point de presse».
Une légende africaine
Né en juin 1949 dans le Kasaï-Oriental (Rdc), Papa Wemba est un musicien charnière pour le continent africain. Dans les années 1950, la rumba congolaise dominait le continent et si elle est toujours aussi présente sur la scène africaine, c’est notamment grâce à Papa Wemba. Il participera aussi aux débuts du soukous. La rumba reste sa référence malgré ses autres influences comme le rock, ndombolo, la world music et d’autres. Le musicien était le fondateur du label et du groupe Viva la Musica, en 1977, et on lui doit les tubes Analengo, en 1980, et plus tard Maria Valencia ou encore Yolele, emblèmes de la «world music». C’est le coup de pouce du musicien britannique Peter Gabriel qui le fit mondialement connaître. C’est en effet en 1993 que Papa Wemba a fait la connaissance de Peter Gabriel. La star lui propose alors d’assurer ses premières parties lors d’une tournée américaine et européenne dans de grandes salles comme Bercy à Paris. Il a découvert et formé à son tour des générations de musiciens africains comme Koffi Olomidé. On lui doit aussi la création de la Sape, la Société des ambianceurs et personnes élégantes. Le «roi» est mort un micro à la main, mais sûr que sa musique continuera à vivre.
Ses débuts
En 1969, il est le co-fondateur de Zaïko Langa Langa, un des groupes les plus populaires au Zaïre (aujourd’hui RD Congo) et dans le reste de l’Afrique dans les années 1970 à 1999, avec Jossart N’yoka Longo, Evoloko, Pépé Felly et Andy Bimi Ombalé. Il quittera le groupe en 1974, pour fonder Isifi Lokolé et finalement créer son propre orchestre Viva La Musica en 1977. Ce label va l’accompagner durant toute la suite de sa carrière. Au début des années 80, sa popularité atteint des sommets au Zaïre et au Congo-Brazzaville. Il devient alors une véritable icône pour la jeunesse sur les deux rives du fleuve Congo. Il apparaît également sur l’album du collectif de Passy le Bisso na Bisso en 1999.
Papa Wemba, l’acteur
En 1987, il est l’acteur principal du film belgo-zaïrois La vie est belle du réalisateur congolais Ngangura Dieudonné Mweze et du réalisateur belge Benoît Lamy. Il compose une bonne partie de la musique originale de ce film. Il apparaît également en 1997 dans Combat de fauves de Benoît Lamy. Les acteurs principaux du film sont Ute Lemper et Richard Bohringer. En 2012, il a eu un petit rôle dans le film dramatique belge Kinshasa Kids de Marc-Henri Wajnberg.



