La ministre de la Fonction publique, Annick Girardin, a proposé jeudi aux organisations syndicales une hausse de 1%, en deux fois, du point d’indice, gelé depuis près de six ans et qui sert à calculer les rémunérations des fonctionnaires, a-t-on appris auprès de plusieurs syndicats.
Proposée dans le cadre d’une réunion de négociations qui se poursuivait en fin de matinée, cette revalorisation se ferait en deux temps, 0,5% le 1er novembre et la même chose au 1er mars 2017.
À un an de l’élection présidentielle, la hausse à venir des salaires des quelque 5,6 millions de fonctionnaires français fait forcément l’objet de polémiques. Leur nombre et leurs statuts sont régulièrement au cœur des attaques à droite, et notamment de Nicolas Sarkozy qui s’est fixé «comme premier objectif», s’il était élu en 2017, de « supprimer entre 300 000 postes et 350 000 postes de fonctionnaires » en un quinquennat. L’opposition de droite accuse le gouvernement socialiste de vouloir les augmenter pour satisfaire ses électeurs potentiels à un an de la présidentielle. «On voit bien que la campagne présidentielle a commencé de façon absolument désastreuse. C’est de l’électoralisme aux frais des Français», a déclaré mercredi Eric Woerth, secrétaire général du parti Les Républicains sur RFI.
Ces chiffres sont «insuffisants» pour les syndicats, qui réclament un rattrapage de la «perte de pouvoir d’achat» des fonctionnaires et menacent d’appeler à manifester le 22 mars. Soit une hausse de 8% comme l’exige FO ou de 10% pour la CGT. «Il n’est pas question d’accepter une revalorisation immédiate inférieure à 2%, assortie d’un calendrier de rattrapage ultérieur», prévient la centrale de Montreuil.
«Quand on nous dit 5%, 6% ou 8%, c’est-à-dire de rattraper les six années précédentes, ce n’est pas faisable», a rétorqué mercredi sur Europe 1 le ministre de l’Economie Emmanuel Marcon. Seule la CFDT, deuxième syndicat de la fonction publique, est moins «dure». «Nous sommes conscients des difficultés budgétaires. Mais nous n’oublions pas que les fonctionnaires perdent en pouvoir d’achat depuis 2011», déclare sa numéro un pour la fonction publique, Brigitte Jumel.
Le salaire net moyen de la fonction publique d’État a baissé, une fois l’inflation prise en compte, de 0,7% en 2013 et de 0,8% en 2012. Toutefois, ce critère de salaire moyen n’est pas très pertinent. Car il suffit qu’il y ait beaucoup de départs à la retraite -et donc des recrutements importants de jeunes moins bien payés en début de carrière-, pour que le salaire moyen soit mécaniquement tiré vers le bas.
Mieux vaut analyser la rémunération moyenne des personnes en place. Or, de 2008 à 2013 (derniers chiffres connus), elle a toujours progressé dans les trois fonctions publiques (d’État, hospitalière et territoriale), à une exception près, avec un recul de 0,1% dans l’hospitalière en 2012. Rien d’étonnant à cela: le point d’indice n’est qu’une part de la rénumération des fonctionnaires, qui dépend aussi de primes et indemnités et d’un mécanisme de compensation de l’inflation(Gipa).
Seul hic, le gouvernement n’a pas les moyens de leur offrir un rattrapage. La hausse de 1 % du point coûte 1,75 milliard par an aux trois fonctions publiques. Sans compter que l’exécutif a déjà engagé des dépenses, avec son protocole de septembre 2015: ce dispositif, fait pour s’adapter aux carrières plus longues, coûtera entre 4,5 et 5 milliards en 2020, selon la Cour des comptes. Pour Eric Woerth, ancien ministre du Budget, le montant avancé dans la presse est déjà «infinançable». Cela «plomberait les comptes de l’État qui sont déjà, c’est le moins qu’on puisse dire, pas si flamboyants». «La hausse à venir du point d’indice des fonctionnaires et la garantie jeunes seront financées par les recettes et des économies de dépense», répond, sans donner plus de précisions, Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement.



