A Makkah, au centre de gravité du Tawhîd et de la Foi musulmane, Imam çàlih Ibn Muhammad Tàlib a rappelé combien il est important de corréler le défilé des jours du Ramadan avec l’intensité de la quête de ses bénédictions. Le Ramadan a basculé dans sa 2éme moitié et il reste moins de jours que déjà vécus, et c’est justement là comme les athlètes de haut niveau augmentent leur performance sur le dernier tour de piste qu’il faut tout intensifier – l’élan vers le bien, le désir de contribuer à la paix sociale, l’approfondissement du Qur’ân, les Taràwih et autres formes de surérogation.
Le Prophète rappelle-t-il donnait justement un statut particulier au dernier tiers (les 10 derniers jours et nuits, car il s’agit des deux) jusqu’à se retirer dans la Mosquée et observer le çawm sur le çiyàm au sein du mois de Ramadan).C’est un entendement de haute facture de l’appel d’Allah à se propulser vers le Taqwà (V183, S2), mais aussi à puiser suffisamment d’énergie lumineuse de ces opportunités pour encore garder lumière dans les ténèbres des 11 autres mois que le Ramadan. La responsabilité du serviteur devant son Seigneur explique-t-il repose uniquement sur la servitude comme moyen vers le summum de l’adoration – Taqwà et donc (V197, S2), ne lésinez pas sur les opportunités de charger les batteries, car le point culminant de l’intensité du chargeur est justement durant ce mois de toute bénédictions et en particulier vers la fin.
Ne ratons pas les opportunités du dernier tiers insiste-t-il, le Prophète l’a légué comme un aspect fondamental de sa Sunna à vivifier jour et nuit dans toute sorte d’élan vers le bien. Çalàt, invocation, Qur’ân, partage de biens, repentance, pardon mutuel entre les serviteurs, extinction des incitations à autre que le bien. Et dans ce condensé de vertus et de culte du beau et du bien, le Qur’àn jouit d’un statut privilégié, et voilà pourquoi les cercles d’exégèse se multiplient dans la béatitude de cette Nûrul Qur’àn qui rallument tous les indicateurs de la Foi, à commencer par la brindille (jizwa) du Tawhîd. Comment ne pas profiter de cette opportunité unique d’exercer un pilier de l’Islam (Ramadan) tout en étant exposé aux rayonnements les plus thérapeutiques, tout en revisitant l’histoire de la création, les récits des peuples antérieurs, les délibérations d’Allah SWT dans diverses circonstances, mais aussi ses rappels incessants et salvateurs de ne pas douter que ce monde aura une fin, que les créatures seront ressuscitées et que nous ferons face à un jugement inévitable ?
Allah Réaffirme pour chacun des trois qu’il n y a pas l’ombre d’un doute, n’en déplaise les mécréants. Ils doutent de la résurrection, mais rappelle leur – quelle évidence et jure par ton Seigneur qu’ils seront bien ressuscité, et seront aussi informés du résultat de leurs actes (V7, S4). Quant à ceux qui prétendent que l’heure du jugement ne sonnera pas (V3, S34), dis leur encore quelle évidence et jures sur ton Seigneur qu’elle sonnera et que tout est consigné dans un fichier qui ne néglige aucun micro, ni n’ignore aucun macro. Ils douteront encore du jugement et te poseront explicitement la question – Est-ce vrai le jugement ? Dis leur, Hey ! Par mon Seigneur, c’est certifié, et nul besoin d’impressionner en le rejetant (V53, S10). Voici trois arguments sur les trois aspects qui ont intrigué les mécréants et ceux qui doutent encore et pour lesquels Allah a instruit le Prophète de jurer sur son Seigneur pour lever tout doute et donc confirmer dans la secret de sa Foi que évidemment ce monde connaîtra une fin, évidemment, l’heure du jugement sonnera et qu’évidemment nul ne peut se soustraire à son jugement devant son Seigneur.
Hassan Al Baçary a rapporté qu’Ummaya ibn Khalaf, un mécréant têtu de Makkah est venu une fois avec un os totalement dénudé de plusieurs années devant le Prophète et lui tint – Yà Mohammad, prétends-tu que cet os dégarni redeviendra charnu et que donc nos os une fois ensevelis et oublié redeviendront être vivant. Le Prophète lui répondit il n y a pas l’ombre d’un doute, c’est ainsi que Allah ressuscitera les créatures et Djibril vint avec les Vs 78-79 de la S36 comme argument divin. Et c’est de là ajoute l’Imam que tous les indicateurs de ces trois ont été anticipés dans le Qur’àn pour aider le serviteur et non pas seulement le croyant à descendre de son orgueil, à se réveilelr de sa somnolence spirituelle, à rectifier son doute, mais donc et en conséquence à embarquer le chemin du bien, celui qui mène à l’entente avec son Seigneur (V110, S18), celui de la droiture et de la rectitude V7, S1).
Au-delà des prophètes, de tous les prophètes qui chacun a eu un chapitre entier de leur mission à rappeler aux peuples la véracité des trois, les hommes de Dieu n’ont jamais cessé d’alerter les serviteurs sur la réalité de ces trois, mais l’alerte signifie un sursaut d’attitude et d’interaction pour sauver la planète et son contenu comme l’avait fait le Prophète Nûh et c’est là où je me permets de corréler ave le prêche délivré d’un autre Min’bar tout aussi légitime que celui de la Ka’ba, à New York au siège des Nations-Unies et qui nous est livré sous forme de lettre ouverte par notre compatriote Adama Dieng, en sa qualité de Secrétaire – Général Adjoint des Nations Unies et fort de son expérience dans la prévention des conflits et génocides, mais surtout investi de sa responsabilité à l’échelle du monde de Conseiller spécial pour la prévention du génocide.
Il alerte sur la dérive du discours social qui vire non seulement à l’inutile, mais qui rappelle les alertes du Prophète de ne pas céder aux mêmes causes qui ont anéanti les peuples antérieurs (l’envie et la haine), car les mêmes causes produisent les mêmes effets. Adama Dieng dans la même tonalité que le Prophète interroge notre capacité de ressaisissement à éteindre ces incendies qui risquent d’embraser à une échelle inattendue. Ces incendies que déjà Màm Dabbàgh, Serigne Abdul Ahad Mbacké, Seyyid Cheikh Tijàny Al Maktûm, Serigne Sidy Muxtàr et Al Amine plus récemment et tant d’autres ont tellement alerté qu’il fallait ne pas laisser prendre feu, mais que s’ils prennent feu, d’éteindre sans attendre les pompiers.
Adama rappelle combien le Sénégal jouit d’avantages comparatifs dans le modèle de gestion constructive de la diversité, cette diversité qui est le choix d’Allah sur l’uniformité de l’espèce humaine (V118, S11), et qui donc devient une plateforme de consolidation et non une source de division. L’esprit d’ouverture, de tolérance, et mieux encore le respect de l’autre dans sa différence, sont jusqu‘ici la marque de notre génie ajoute-t-il et il est impérieux de sauvegarder ce génie qui est garant de stabilité et de cohésion tant vantées ici et tant recherchées ailleurs.
Si nous ne prenons garde, l’incitation à la violence, et il ne s’agit pas de violence des armes, mais surtout verbale et d’attitude, pourrait déboucher sur des atrocités criminelles. Combien le monde souffre aujourd’hui de conflits entre des frères de confession, de patrie, de nation et de communauté par le rejet de l’autre, le non-respect de la diversité, l’hostilité à une tonalité autre. Le Prophète avait démontré sa capacité légendaire à construire une communauté de toutes les origines (Perse, Abyssinie, Byzance, Quraïsh, Yathrib, et autres), de toutes les tonalités, de toutes les conditions (esclave, nobles, riches, pauvres). Le conflit entre sunnites (Arabie) et Chiites (Iran) illustrent qu’il est impérieux de revenir à ce modèle, le modèle selon Allah (V21, S33) pour ceux dont la Foi en Allah et au jugement ne jouit du moindre doute.
Voilà comment nous devons reproduire les modèles de construction de la paix sociale. Nous avons justement un héritage à montrer, une expérience à partager, car le Sénégal est solidement ancré dans la diversité des religions, sur l’intelligence de ne pas confondre les rôles du spirituel et du temporel. Le tout premier Président du Sénégal était un chrétien dans un pays à plus de 90% de musulmans, et mieux, ce sont les leaders religieux musulmans qui ont investi Senghor, puisqu’il ne s’agissait pas de choisir un Imam ! Nous écoutons avec autant d’intérêt les prêches des Imams comme les prêches des prêtres. Tous les deux appellent à la sauvegarde de notre paix tant enviée et ajoute Adama dans son prêche d’hier, nous ne nous prévalons et ne nous honorons de cet héritage que parce qu’il nous sert par ailleurs de boussole.
Le Prophète l’avait encore rappelé, aucun pays, aucune communauté ne devrait tomber dans la négligence d’être vacciné contre les dérives, les conflits et les dérèglements comportementaux, jusqu’aux atrocités criminelles. Iraq, Syrie, Libye, République Centrafricaine, et autres exemples sont encore dans l’actualité pour ne pas sonner alerte. Et les atrocités criminelles alerte Adama n’arrivent pas de manière soudaine ou spontanée. Elles sont le résultat d’un processus ramifié et latent et nous devons, dès lors, utiliser ce temps de latence-là pour agir face aux signaux d’alerte et éteindre les germes de violence et de conflit.
Notre pays conclut Adama a jusqu’ici été épargné par les conflits à caractère religieux, ethnique ou racial. Pour avoir parcouru le monde depuis plus de 35 ans au service de la paix, des Droits de l’Homme, de la primauté du droit, été le témoin impuissant d’atrocités sur le théâtre des conflits, permettez, sans vouloir jouer à l’oiseau de mauvais augure, que je vous rappelle les dangers du discours de haine et d’incitation. L’Etat sénégalais a la responsabilité première de prévenir l’incitation et de protéger les populations face aux atrocités criminelles. Toutefois, nous sommes primordialement tous et solidairement responsables pour faire cesser le discours de haine et la violence qu’il engendre et encourage.
Nous parlons certes d’un modèle inspiré depuis toujours par ce pays de Oumar Foutihou Tall, de Khadimou Rassoul, de Mawdo Malick, de Hyacinthe Thiandoum et tant d’autres leaders et acteurs qui ont marqué de leur empreinte la stabilité d’une vie spirituelle dans notre beau pays.
Tournons définitivement la page de ce « débat » et accordons-nous réciproquement le pardon.
Par Peps Guèye



