Quand on observe l’état de délabrement et de misérabilisme de certaines écoles publiques du Sénégal, il y a lieu de s’interroger sur la motivation réelle de nos dirigeants. Ont-ils la volonté de développer notre pays ?
Des lieux d’acquisition du savoir (du savoir-faire et du savoir-être) qui présentent un visage si dégradé, préoccupe sérieusement. Des enfants qui ne peuvent même pas aller dans des sanitaires propres, ni se restaurer convenablement ne peuvent obtenir des résultats probants. La présence de sable dans les cours d’école mal aménagées constitue une source de maladies pour des élèves déjà fragilisés par des conditions de vie déplorables. On est atterré de voir ces cours d’écoles inondées à une semaine de l’ouverture des classes. Le niveau et la qualité des équipements internes laissent à désirer. La maintenance des infrastructures scolaires est quasi inexistante. Quand on voit le niveau de dégradation et d’abandon d’une école comme l’ancienne école normale de Sébikotane, on se rend compte du peu de respect que ces dirigeants ont pour l’éducation et la formation.
Cette école pouvait être restaurée à l’identique pour servir à la culture et au tourisme. A quoi sert une nouvelle ville si elle subira dans quelques petites années une détérioration de ses édifices par défaut de maintenance et d’entretien ?
L’urbanisation sauvage, le désordre dans les transports la saleté et la dégradation du cadre de vie sont indignes d’une capitale et d’un pays. L’Etat ne se prive pas quand il s’agit de s’équiper en grosses cylindrées, de gros salaires une équipe gouvernementale pléthorique, de grosses villas, des agences budgétivores et des fonds politiques exorbitants.
Seuls les pouvoirs obscurantistes négligent l’éducation et la formation car voulant inhiber et décourager toute velléité de contestation et tout esprit critique. Ne soyons pas étonnés de voir le pays se transformer en foyers d’intégrisme et de fanatisme religieux, de sectarisme, d’activisme et de charlatanisme.
Les ravages de l’informel sont en train de détruire le tissu et les liens sociaux. La qualité du management public et privé se délite. Dans un système où règne la loi de la jungle, même certaines écoles privées oublient la pédagogique et la qualité pour se focaliser sur la seule logique financière. La réforme de l’école est une urgence nationale. Une Politique Nationale de la Qualité doit commencer par un Système de Management de la Qualité appliquée à l’Education et à la Formation. La pédagogie et la qualité de la formation des enseignants méritent un sérieux coup de lifting. L’entreprise réformée doit participer activement à la formation des ressources humaines du pays, et en particulier la formation des jeunes. Le pays dispose de ressources humaines de qualité qui ne demandent qu’à être valorisées. Ces ressources peuvent produire des programmes de qualité fondées sur nos réalités culturelles et valorisant nos potentialités locales.
Nos talentueux architectes peuvent élaborer des projets d’écoles modernes qui intègrent des fonctionnalités utiles et adaptées à un enseignement de qualité et des activités sportives et culturelles épanouissantes pour nos enfants. L’exemple de la case des tous petits (dont certains sont déjà dans un état de délabrement avancé) peut bien servir de repère.
A l’heure de l’internet et du numérique, nos pays peuvent effectuer des sauts technologiques pour connecter l’ensemble de nos écoles et permettre à nos élèves de se familiariser avec ses outils. Chaque municipalité des grandes villes pourrait disposer de cuisines municipales pour approvisionner les cantines scolaires d’une alimentation équilibrée et saine pour nos enfants. Nos agriculteurs et éleveurs trouveraient ici des débouchés à leurs productions. Chaque municipalité peut contracter avec des opérateurs immobiliers privés pour construire des logements sociaux décents ou des locaux d’activités industrielles et commerciales fonctionnels (routes bitumées, espaces verts, espaces culturelles et éducatives, zones commerciales, sportives et de loisirs) avec des obligations strictes de maintenance régulière des équipements, de ravalement, de désinfection et de dératisation. Chaque capitale régionale pourrait disposer d’une usine d’incinération des déchets qui pourrait produire de l’électricité.
Les transports en communs doivent être modernisés et privilégiés. Une ville comme Dakar pourrait adopter le système des circulations alternées avec les jours pairs et impairs. L’interdiction de l’importation des voitures de plus de cinq ans a été une très bonne mesure. C’était une occasion d’assainir notre environnement, de favoriser les voitures propres de petite taille et de relancer le financement de notre économie.
Nous ne sommes pas condamnés à vivre dans le misérabilisme permanent. Nous ne sommes pas condamnés à être des ambulants, des clandos, des mendiants, des « bujumans » et des « khoslumans ». Nous méritons un pays moderne et propre avec tout le confort nécessaire pour une vie harmonieuse.
Le développement durable n’est pas seulement l’apanage des pays développés. Dans ce monde, ce n’est pas le plus fort ou le plus intelligent qui survit, mais celui qui s’adapte le mieux au changement. Continuons le combat citoyen pour réhabiliter l’école et redonner à notre pays toutes ses lettres de noblesse. Continuons ce combat pour construire une nouvelle citoyenneté dans une nouvelle république plus juste, plus unie, plus solidaire et en progrès.
Jummah Mubarak
Peps Guèye


