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L’histoire ne ment pas : Le Sénégal sera à nouveau déçu par la Gambie !

Yahya Jammeh est parti, pour autant est ce que les relations entre le Sénégal et la Gambie seront-t-elles  meilleures ?
La question mérite bien d’être posée compte tenu des enjeux sociologiques, politiques et économiques en présence. Surtout que tout porte à croire que l’’histoire est en train de se répéter entre le Sénégal et la Gambie.

Les élections présidentielles qui ont permis à Adama Barrow d’accéder au pouvoir, ont permis aussi au Sénégal de  se positionner en bon-ami et le meilleur des voisins possibles, auprès des nouvelles autorités de la Gambie. Il est donc permis au SENEGAL de nourrir l’espoir dans le futur, d’une collaboration fructueuse gagnant/gagnant.

En cela l’histoire entre les deux pays se répète, encore une fois. Cette stratégie du voisin « protecteur »  rappelle à bien des égards les opérations militaires Fodé Kaba I et Fodé Kaba II menées par le SENEGAL, en terre gambienne. 

L’appropriation du Sénégal de la crise poste électorale en Gambie ainsi que son intervention militaire sous la bannière de la Cedeao  rappelle ces intervention antérieures qui s’inscrivaient alors, dans la perspective d’entretenir les liens du bon voisinage entre les deux pays et de venir en aide, un président légitime, contre des usurpateurs.

En effet, les difficultés de la diplomatie pour résoudre la crise post-électorale en Gambie ont poussé les dirigeants ouest-africains à opter pour une solution militaire. Des forces de la Cedeao sous commandement sénégalais se déploient  en Gambie pour mettre fin à deux décennies de pouvoir de Yaya Jammeh. Une intervention qui ressemble à bien des égards les opérations Fodé Kaba I et II en Gambie.

Fodé Kaba I : Au nom de la stabilité du Sénégal

Fodé Kaba,  mort en 1903, est le nom du héros le plus populaire de part et d’autre du fleuve Gambie. En octobre 1980, une tentative de coup d’Etat a lieu à Banjul. Le président gambien, Daouda Jawara fait appel à Dakar qui lui envoie des militaires lourdement armés pour neutraliser les fields Forces, désormais sans chef depuis le meurtre du général Mohaney. Cette opération a permis à Daouda Kaïraba Jawara d’arrêter tous ses opposants, de réduire les libertés individuelles et d’interdire touts les partis politiques.

Léopold Sedar Senghor qui vivait ses derniers moments à la tête de l’Etat avait prétexté anticiper sur une possible déstabilisation du Sénégal fomentée par la Libye. Mais pour beaucoup de spécialistes, les prémices de l’insurrection du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (Mfdc) avaient poussé Senghor à agir.

En effet, depuis plusieurs années déjà, Léopold Sédar Senghor recevait des lettres de l’Abbé Diamacoune et du MDFC lui réclamant la fin de la « fédération » dans laquelle le Sénégal se serait engagé avec la Casamance depuis la fin de la Fédération du Mali.
Senghor n’avait jamais répondu aux activistes du MFDC mais il savait que quelque chose se préparait. Les accords de défense et d’assistance mutuelle signés en 1965 entre le Sénégal et la Gambie ont  justifié l’intervention militaire Sénégalaise. Ces accords ont permis à la Gambie d’annexer de nombreux villages sénégalais de la Casamance, dont celui de Kanilai où est né Yahya Jammeh. Forts de leur puissance de feu et de leur expérience, les soldats sénégalais neutralisent les rebelles et préservent le pouvoir de Jawara.

Fodé Kaba II : Diouf sauve encore Jawara

Le 30 Juillet 1980, profitant de l’absence de Jawara l’opposant Kukoy Samba Sagna  prend possession de points stratégiques de la capitale gambienne.

C’est le début de l’opération Fodé Kaba II. L ‘objectif  était de se débarrasser des putschistes qui avaient perpétré un coup d’Etat contre le président Jawara. Cette vaste opération fut une réussite dés lors que  la Gambie fut contrôlée, à nouveau et pour la 2eme fois,  par l’armée sénégalaise selon le colonel Seyni Diop.  Ainsi dans son livre «  Fodé Kaba II, les jambars dans le vent  »  le colonel Mbaye Cissé fait savoir qu’au soir du jeudi 30 juillet 1981 le premier ministre Habib Thiam lui a transmis les instructions du président Abou Diouf  demandant aux armées de mettre en exécution l’accord de défense liant les deux pays.

Et le lendemain toutes les forces terrestres aériennes, navales pénétrèrent en Gambie.

A Dakar la progression est suivie, dans la salle des opérations par le ministre des Forces Armée Daoudo Sow. Du côté de l’armée de l’air les hélicoptères Puma l’escadrille de chasse composée de Fuga Magister sont mis en action. A la marine nationale le capitaine de vaisseau Faye Gassama venait de mettre sa première unité de commandos fusiliers marins, une unité d’élite qui fera parler d’elle, dés l’entame des opérations.

Lors de cette intervention, le Sénégal enregistre toutefois, des pertes en vies humaines importantes. En effet  le bataillon aéroporté a été pris par l’ennemi à Brikama. Des parachutistes ont été alors tués.

Face à cette situation Daouda Kaïraba Jawara, qui paraissait alors redevable au Sénégal, s’empressa de contribuer à la création de la confédération de la Sénégambie pour une meilleure collaboration entre les deux pays frères.

Mais celle-ci n’a finalement pas répondu aux attentes qui ont valu au Sénégal autant d’engagements. Le feu de l’engagement et l’enthousiasme gambien pour la confedération, commenca à décliner petit à petit.

Face à cette situation, le Sénégal finit par tourner le dos à celui qu’il a soutenu dans les moments obscures. A deux reprises, le SENEGAL avait aidé à rétablir l’ordre en Gambie et à chaque fois, la déception diplomatique était au rendez vous. Le SENEGAL, n’en a tiré aucune dividende !

Ainsi, dès l’accession au pouvoir de Yahya Jammeh, le Sénégal reconnait aussitôt celui qu’il considère comme un de ses fils comme président de la République sœur de la Gambie. Le Président Abdou Diouf voulait alors raffermir à nouveau, les relations avec la Gambie en vue de faciliter la collaboration. Malgré tous les efforts consenties à l’endroit de Jammeh, le fossé finit par se creuser. Jammeh considère alors le Sénégal comme son ennemi juré. 

Avec Adama Barrow, le même scénario risque de se poser. Et pour cause, les réalités  sociologiques de la Gambie vis a vis du grand frère, le SENEGAL sont teintées de méfiance et de défiance. Et l’on pourrait même considérer, de l’autre coté du fleuve, que l’installation même du Président est une manœuvre du Sénégal.

Il faut le dire, la Gambie nourrit une certaine réserve craintive à l’endroit du Sénégal. Dès lors, ses autorités se mettent toujours sur le défensif s’il s’agit de collaboration avec le Sénégal. 

En effet, le Sénégal se bat depuis des années pour la construction du pont séparant le pays de la Gambie et ce pour faciliter la mobilité et désenclaver la Casamance. Cependant, la Gambie Barrow risque aussi, de ne pas désirer la construction du pont. Le passage par voie maritime est un commerce juteux de l’économie gambienne. C’est pourquoi, malgré les promesses des régimes qui se sont succédé en Gambie, la construction du pont tant rêvée par la partie sénégalaise n’est toujours effective, même si le financement a été bouclé depuis longtemps.

Reste à savoir si Adama Barrow arrivera à faire l’exception ? En tout cas, il est autant redevable au Sénégal que ses prédécesseurs. Mais pour montrer qu’il n’est pas la marionnette de Macky Sall devra -t-il peut être tenir tête, comme ses prédécesseurs, au SENEGAL voire, saboter ses intérêts et abriter les rebelles de la Casamance ?

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