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L’ŒIL DU JURISTE ET DROIT DE L’HOMMISTE : L’APRÈS CRISE GAMBIENNE POUR LE SENEGAL ?

Les événements post-électoraux en Gambie sont dans leur phase de conclusion politico-diplomatique . Mais d’ores et déjà, les responsables sénégalais doivent réfléchir à l’après crise gambienne.
La première piste de réflexion concerne notre relation avec le nouveau Président gambien Adama Barrow .
Nous devons agir avec lui de telle sorte qu’il ne soit pas perçu par son opinion publique et la classe politique de son pays comme un valet du Senegal ou tout au moins un affidé du pouvoir Sénégalais.

Pour cela , il s’impose de faire savoir au nouveau régime gambien , notre disponibilité à coopérer avec lui et à fluidifier nos relations . Il lui appartiendra de nous dire ce qu’il attend de nous . Cela pourrait passer par une réunion de la commission mixte Gambie -Senegal à Banjul .

En tous les cas , restons politiquement et diplomatiquement , en retrait , pour ne pas alimenter la critique contre Barrow .
Même l’intervention militaire de la CEDEAO doit avoir un deadline sauf demande de prorogation de formulée par le régime gambien.
La seconde piste de réflexion doit être axée sur nos relations avec les États voisins à savoir : Mauritanie, Mali , Guinée et Guinée -Bissau.
Il semble qu’à l’exception du Mali , nos relations avec les autres se passent sur fond de malentendu latent .

Le Président Alpha Condé aurait deux problèmes avec le Senegal :
la fermeture de nos frontières avec son pays lors de l’épidémie d’Ebola , toujours non digérée et la proximité ethno-linguistique du Président Macky Sall avec son principal opposant Cellou Dalein Diallo . Évidemment, aucun de ces griefs ne résiste à l’analyse ! Car , depuis Senghor , la doctrine diplomatique du Senegal, c’est de ne reconnaître que les États et non les personnes. Quant à Ebola , face à une fièvre sans vaccin d’une part et une infrastructure médicale sous-développée , on ne peut reprocher à un pays de jouer la prudence.

S’agissant de la Mauritanie, il est probable que sa défiance à l’égard du Senegal soit connotée à ses contradictions ethniques.
Là aussi , l’histoire prouve que l’Etat du Senegal a toujours joué en faveur de l’Etat de Mauritanie tant aux Nations unies qu’en Afrique et même il n’y a pas longtemps, lors du dialogue inter-mauritanien de Dakar . Il appartient à la Mauritanie qui , regorge de ressources humaines de hautes qualités , de régler toutes les questions qui se posent à elle sur le plan interne . Et c’est très facile pour ce pays , avec de la volonté.
Il faut rappeler que les negro-mauritaniens sont des mauritaniens et non des Sénégalais. La preuve tous ceux parmi eux qui ont obtenu leur diplôme à Dakar ou ailleurs, sont rentrés travailler pour la Mauritanie et n’ont jamais eu la tentation servir Senegal .

Quant à la Guinée -Bissau , elle est traversée par des courants politiques : les souverainistes et les pro-portugais.
Les premiers ont en mémoire la solidarité du peuple sénégalais sous la guerre de libération nationale tandis que les seconds seraient en faveur d’une distanciation vis-à -vis du monde francophone y compris le Senegal .
Mais ici aussi, le Senegal s’est toujours comporté comme un facilitateur dans le dialogue interne de ce pays .
Il y a matière vraiment à réfléchir sur nos liens avec nos voisins lesquels je pense n’ont pas intérêt à un Senegal en décomposition ou affaibli.
Ce qui ne leur serait d’aucune plus-value pour leur propre développement.

Maître Amadou Aly KANE
Avocat à la Cour
RADDHO

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