La peine de mort ou la charia est une interrogation légitime dans ce contexte si trouble de notre pays. Face à la multiplication de crimes barbares et gratuits contre des concitoyens ou des personnes vivant parmi nous, l’opinion publique fortement émue réclame la restauration de la peine de mort.
Aux yeux de certains compatriotes, dont la proportion n’est pas connue, seule la peine capitale peut dissuader les potentiels meurtriers de passer à l’acte.Il reste à savoir si la peine de mort qui est réclamée est celle de la Charia Islamique ou s’il s’agit de celle du droit pénal laïc ? En effet, pour certains, la peine de mort serait une prescription divine contre tout auteur d’homicide volontaire. Il y a donc une certaine confusion par rapport au régime juridique souhaité : charia ou droit laïc ?
Par ailleurs, si la peine de mort est restaurée, il faudra définir les infractions auxquelles elle sera appliquée. Par exemple, celui qui conduit un véhicule avec une vitesse excessive ou dont l’engin n’a pas de freins, qui sème la mort devra-t-il encourir la peine capitale ? Celui qui bat à mort un voleur , se verra -t-il appliqué la sanction suprême ? Par ailleurs, comme en droit Islamique, la famille de la victime peut-elle en échange d’une indemnisation accorder le pardon à l’auteur du meurtre ? Il faudra aussi appliquer des standards de preuve très élevés qui seraient : la preuve dite au-delà de tout doute raisonnable ou les standards Islamiques avec quatre témoins à la foi religieuse irréprochable.
Autre question, quel va être le mode d’administration de la mort au condamné ? : Électrocution, pendaison, empoisonnement, fusillade ? Quid de la réaction populaire, lorsque la sanction frapperait un en haut de en haut comme on dit ? Enfin, les juges, les bourreaux, procureurs, avocats ….. sont-ils psychologiquement prêts à accompagner les condamnés jusqu’au bout ? Bref, la restauration de la peine de mort ou son application n’est pas aussi simple que l’imagine la rue !
Maître Amadou Aly KANE
Avocat à la Cour
RADDHO


