Ai-je tort de ressentir cette peur ?
Je sens que ce danger de plus en plus banalisé, s’installe confortablement. Tous ces meurtres, tous ces jeunes tués. Des JEUNES qui tuent des JEUNES, tous censés porter l’espoir, l’avenir de toute une famille, de tout un pays, tout un continent… Ils se tuent pour des futilités : si ce n’est pas pour une pièce de monnaie, c’est pour un téléphone portable ou une parole échangée.
Chaque fois je vois un rassemblement de jeunes, quel que soit le type, je pense au pire. Et souvent, malheureusement, ma crainte se justifie : cela finit en dispute, en bataille rangée et/ou en meurtre. Motif de ces atrocités ? – Des absurdités sans tête ni queue : ‘Il a pris mon téléphone, il m’a menacé de mort, il n’est pas plus fort que moi, il s’est attaqué à mon ami, je suis arrivé en premier’, etc. Chacun joue au héros, au plus fort, avec un manque de lucidité proportionnel à la gravité de l’acte commis.
Ces jeunes gens semblent réfléchir avec leurs muscles – qui les trahissent, d’ailleurs, sous l’effet de ces anabolisants dont ils abusent – et se frottent pour le moindre mot. Ils prennent pour compagnons inséparables, les armes – avant, c’était des armes blanches, maintenant, la tendance (puisque c’est de cela qu’il s’agit) est aux armes à feu – qu’ils brandissent au simple regard déplaisant lancé par « l’adversaire ». On ne s’amuse plus avec des jouets, chez nous ‘jeunes d’aujourd’hui’, il nous faut jouer avec la vie pour exister. ‘Yëgg soo ga nekk !’
La suite ? La routine : reportages-télé, témoignages des familles éplorées, pleurs et cris repris par tous les sites et défilant sur les réseaux sociaux. Ensuite ? Rien. Rien. Rien. Cinq jours de débat, et le dossier est classé. Chacun passe à autre chose, une autre actualité, en attendant qu’un autre tue un auttre. Et ainsi de suite. Ces cas se multiplient. Un mal qui prolifère. Impossible de rester une semaine entière, sans entendre que X a tué Y. Y enterré, X déféré. La suite, nul ne sait, pour ne pas dire ‘aucune suite’.
La cause à cette dégradation ? L’explication à cette frénésie démesurée, cette impulsivité, cette agressivité déraisonée ? … L’alcool ? La drogue ? Et si on en parlait, calmement, sans passion ?
Cerner la/les causes du problème pour trouver la/les solutions. Vaincre le mal à la source. Que chaque partie, à son niveau de responsabilités, remplisse sa part du marché en jouant pleinement son rôle. Poser le diagnostic, instaurer un traitement étiologique, un traitement de fond et avec le suivi nécessaire, afin d’éviter tout ce qui est complications, échecs ou récidives.
N’est-il pas temps d’extirper tous ces cancers de notre société ? Ce n’est pas une mission impossible. Volonté et rigueur dans les sanctions établies suffiront largement. Quand nous mettrons-nous au travail, pour les questions essentielles/existentielles ?
Mame Fatou Sy
mamefatousy@yahoo.com



