Et si on instaurait un revenu universel de base au Sénégal ?
Avec la manne pétrolière et gazière et les prometteuses ressources minières, on pourrait penser à une révolution économique et une innovation majeure pour un pays sous-développé : mettre en place un revenu universel. Devant un peuple fragilisé par une mondialisation sauvage, l’idée de ce revenu est loin d’être une utopie.
En quoi consiste ce revenu universel ?
L’idée initiale consiste à verser à tous les citoyens sénégalais (en âge de travailler) le même montant chaque mois, individuellement, sans condition (de ressources, d’emploi), tout au long de la vie. Le revenu de base est cumulable avec les revenus d’activité. Les mots sont importants. Il s’agit bien d’un revenu et non d’une allocation. Il n’est pas conceptualisé comme une aide (comprendre: ce n’est pas de l’assistanat), mais s’obtient de droit, en contrepartie d’un engagement moral, qui peut prendre diverses formes (inscription sur les listes électorales, engagement bénévole, de participation à la vie de la cité, de suivre une formation…).
Pour quelle utilité ?
Le revenu de base est censé faciliter l’accès ou le retour à l’emploi, car il est cumulable, et donc il ne serait pas pénalisant financièrement de retravailler lorsque l’on est au chômage. Il vise aussi à compenser la fragilisation de l’emploi salarié, du fait de la transformation numérique de l’économie ; à lutter contre la pauvreté et la précarité; à encourager la formation tout au long de la vie; à mieux partager le travail. La création d’entreprise serait facilitée. Les perspectives d’avenir des citoyens seront stabilisées et ils seront plus enclins à prendre des risques car ils sauront que quoiqu’il arrive, s’ils ratent, ils trouveront un filet de sécurité.
En permettant aux individus de mieux vivre les temps sans emploi, ou l’absence d’emploi stable, on peut s’attendre aussi à des bénéfices indirects, comme des économies sur les dépenses de santé (via la réduction des maladies psychologiques et le temps dégagé pour faire davantage de sport, notamment). D’autres bénéfices sont difficilement quantifiables, car liés à une création de richesse immatérielle: le temps consacré au bénévolat, à la création de lien social, à l’éducation de ses enfants.
Pour quel montant ?
La théorie ne fixe pas de seuil, et tout dépend des objectifs poursuivis, du niveau de vie et du pouvoir d’achat du pays. L’idée générale est de garantir un minimum vital, mais le réglage est à surveiller. Trop élevé, il risquerait de faire naître des effets pervers: baisse des salaires, flexibilité et précarisation à outrance… Trop bas, il menacerait d’être inefficace en n’augmentant que marginalement la consommation des ménages. On pourrait démarrer avec 70.000 FCFA par mois et évoluer avec les progrès réalisés.
Voici un chantier que nos politiques peuvent explorer pour innover et créer de la valeur pour les populations.
Peps Gueye



