keppar- Avec la dernière mise en scène au Conseil de sécurité suite à la proposition française pour une résolution sur Alep, on se pose la question à savoir si réellement il y a une volonté manifeste d’œuvrer pour la paix dans ce pays.
Cette résolution qui est un cinéma diplomatique n’avait aucune chance d’aboutir étant donné que le but recherché était de diaboliser la Russie afin de bien mettre en cohérence les objectifs et les actions militaires des occidentaux. L’Onu que le général De Gaulle avait considérée comme un machin a une nouvelle fois démontrée le laxisme qu’on lui connait. Son Secrétaire général le sud coréen Ban Ki Mon à la veille de son départ s’est ridiculisé en parlant de crimes de guerre. Où était-il quand l’armée israélienne massacrait les civils palestiniens ? Où était l’Onu quand les américains bombardaient les civils afghans ? Il ne s’agit pas de défendre la Russie, il s’agit d’attirer l’attention de la communauté internationale face à des séries d’injustices dont les conséquences ont pour noms pauvreté, terrorisme, radicalisations, replis identitaires…
Les victimes sont laissées à leur sort par ceux qui prétendent défendre le peuple syrien. D’une part nous avons les puissances occidentales (Etats unis, France et Royaume Uni) qui, depuis 2011 déroulent une stratégie de défense de leurs intérêts, d’autre part la Russie qui, pour des raisons géostratégiques et économiques refuse le diktat occidental. Le régime de Bachar El Assad considéré par les occidentaux comme des criminels voire même des terroristes fut toujours exclu des négociations de paix. On se souvient de la position radicale de la diplomatie française sous Laurent Fabius refusant toute discussion avec Bachar El Assad. On note également un choix délibéré des uns et des autres sur une hiérarchisation des groupes terroristes. Les Etats unis qui entrainent dans leur sillage français et anglais mènent un semblant de guerre contre le groupe Etat islamique (Daesh) et ménagent d’autres groupes terroristes ennemis déclarés du régime syrien. Cette complaisance vis-à-vis de ces groupes et de trouver d’éventuels interlocuteurs dans l’objectif de remplacer Bachar Al Assad. Les Russes, ayant tiré des leçons de la crise ukrainienne ont décidé de sauvegarder leur influence dans la région mais surtout de lutter efficacement contre le terrorisme qui menace la stabilité de l’Asie centrale et du Caucase. Fidèles alliés de la Syrie, les Russes soutiennent sans réserve le régime et bombardent les groupes terroristes sans distinction (Daesh, Al Nosra, Al Qaida) et groupes rebelles. Cette stratégie militaire russo syrienne renforce les positions de l’armée et fait basculer d’une manière décisive le rapport de force au profit du régime syrien en cas de négociation ultime.
Le peuple syrien est entrain de payer le plus lourd tribut avec des milliers de civils tués
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l est regrettable que le Conseil de sécurité soit utilisé au profit des intérêts des puissances étrangères avant ceux du peuple syrien. A travers cette résolution, le but recherché par l’axe Paris, Washington et Londres était de diaboliser la politique de la Russie en Syrie. Cette montée de tension entre Moscou et Washington sur le règlement de la crise syrienne s’intensifie et pourrait nuire à la stabilité du monde. Le renforcement du dispositif militaire russe dans la région ainsi que les nouvelles mesures de rétorsion prises récemment par les deux grandes puissances accentuent les risques de dérapage militaire. Le peuple syrien est entrain de payer le plus lourd tribut avec des milliers de civils tués et des centaines de milliers d’exilés.
Face à cette impasse entre Russes et Américains, la France avait l’occasion de restaurer sa diplomatie dans cette crise au lieu de s’entêter dans son jeu d’alignement sur Washington. Il est d’une extrême urgence d’appeler russes et américains à reconsidérer leurs positions, et l’Elysée avait l’opportunité avec la visite de Vladimir Poutine de jouer enfin un rôle diplomatique et stratégique entre les deux belligérants. Des pourparlers vont forcément s’ouvrir entre les deux puissances avec ou sans la France. Dommage que la diplomatie française de ces dernières années est tatillonne surtout en ce moment où une nouvelle reconfiguration de l’équilibre du monde est entrain de se dessiner avec la Chine qui se positionne comme une puissance militaire. La diplomatie française a un rôle majeur à jouer dans cette nouvelle reconfiguration aussi bien pour ses intérêts politiques, géostratégiques et économiques mais pour la paix et la sécurité internationale.
Cette crise syrienne mérite une réflexion approfondie de la part des observateurs et des analystes politiques vue qu’elle présente beaucoup de zones d’ombre. Le régime syrien fait face aux rebelles mais surtout à plusieurs entités terroristes. Dans ces groupes terroristes on y retrouve des combattants venus d’horizons divers, des milliers de jeunes français, belges, allemands mais également des américains, des russes, d’Européens de l’Est et d’africains. Ce phénomène d’une guerre mondiale en miniature devrait nous amener à réfléchir sur l’avenir de la paix dans le monde. Nonobstant les forces présentes dans la région avec un arsenal impressionnant des américains, les français qui ont déployés le porte avions Charles De Gaulle, les britanniques, les russes en plus des iraniens et des turcs, les groupes terroristes résistent. Ils parviennent à commettre des attentats meurtriers aussi bien en Syrie, en Irak qu’au cœur de l’Europe et dans d’autres parties du monde. Cette psychose d’insécurité qui favorise la montée en puissance des sensibilités extrémistes en Europe est inquiétante et un retour éventuel de ces combattants dans leurs pays respectifs constitue également une menace réelle.
L’Afrique qui réclame depuis longtemps une place honorable au Conseil de sécurité
Pendant que l’avenir de la Syrie se joue entre les occidentaux et les russes, le reste du monde surtout celui arabo islamique semble désintéressé par cette crise. Les pays du golfe à la tête duquel on retrouve l’Arabie saoudite continue d’assassiner des enfants et des civils avec des séries de bombardements atroces sur le Yémen. Atrocités et crimes que la communauté internationale tardent à condamner et c’est absurde de parler de crimes de guerre en Syrie et fermer les yeux sur ceux commis par l’Arabie saoudite. Rappelons juste que ce conflit au Yémen est purement politique et confessionnelle entre d’une part l’Iran qui étend ses visées impérialistes dans le Moyen Orient et l’Arabie saoudite qui voient son hégémonie et sa puissance régionale s’effriter de jours en jours. Heureusement que le bon sens et la raison ont prévalu pour le Sénégal qui, aveuglément voulait déployer plus de deux mille (2000) militaires dans ce conflit. L’Afrique qui réclame depuis longtemps une place honorable au Conseil de sécurité devait s’impliquer davantage dans ces deux conflits en optant pour une diplomatie de paix. La voix du continent devrait désormais se faire entendre au lieu de se contenter de discourir à la tribune de l’Assemblée générale de l’Onu comme aiment bien le faire nos chefs d’Etats. Lors du vote de cette résolution française sur la Syrie, malheureusement les pays africains membres non permanents du Conseil de sécurité à l’image du Sénégal et de l’Egypte s’alignent d’une manière irréfléchie sur les positions françaises et américaines, quant à l’Angola, il a joué la carte de la neutralité. La diplomatie étant un art subtil, l’Afrique a tout intérêt a montrer au reste du monde qu’il faut compter sur sa voix lors des grandes décisions. Il est encore prématuré de réclamer un statut de membre permanent si c’est pour une diplomatie de façade.
Depuis les attentats du 11 septembre 2001 suivi de l’intervention aveugle des américains et de ses alliés en Afghanistan et en Irak, le monde connait une instabilité permanente et progressive. De l’Afghanistan à la Syrie en passant par le Mali, l’Irak, le Yémen et la Libye, la paix et la sécurité y sont d’une précarité extrême. A l’image du Mali un conflit sahélien plus prés de chez nous, la situation se dégrade tous les jours malgré la présence des forces françaises et onusiennes. Après la révolte des touaregs du Kidal et des groupes terroristes, le sud du Mali est entrain de s’embraser avec un nouveau conflit né de la révolte des peuls du Macina. L’insécurité est grandissante dans tous les pays du Sahel malgré l’opération Barkhane et l’implantation de bases militaires (France, Etats unis) et bientôt Allemagne et Chine. En Afghanistan également, malgré l’intervention militaire des américains et de la coalition occidentale à travers l’Isaf, le terrorisme semble connaitre un regain d’intérêt. Les talibans multiplient les attaques et s’emparent de grandes villes comme Kunduz. En Irak le départ précipité des forces occidentales a rendu le pays instable avec des violences quasi quotidiennes. Le terrorisme d’état n’est il pas entrain d’alimenter le radicalisme et la multiplication des autres groupes terroristes ?
Mamadou Demba Sow
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