ALIOU FAYE

Dans un entretien avec votre site Keppar.com, Aliou Faye, Délégué à la Régulation des institutions et des libertés de la Cecar a fait un procès du Président Macky Sall et de sa gestion du pouvoir. Pour lui, le Président Macky Sall a trahi la population qui n’attend désormais que le jour fatidique.

Mr Faye, après deux semaines de campagne, quelles sont les tendances du terrain ?

Les tendances du terrain sont favorables à la coalition Idy2019. D’ailleurs c’est comme si la population attendait cette occasion pour sanctionner le Président Macky Sall qui a trahi et anéanti ses espoirs.

Vous dites trahi ? Alors à votre avis le Président a trahi les sénégalais ?

Oui, c’est une évidence si on se rappelle du contexte au cours duquel il a été élu. Le Président Macky Sall a été élu sur la base d’un programme et des engagements, mais il n’a respecté aucun de ses engagements, pire encore il est sur le point de faire revivre le Sénégal les tensions préélectorales de 2012.

Vous savez, les Sénégalais ont sanctionné le Président Me Abdoulaye Wade parce qu’il s’était terriblement illustré dans la mauvaise gouvernance en dilapidant les derniers publics, ainsi que sa volonté de se faire succéder par son fils, Karim Wade, en usant de lois taillées sur mesure. Le Président Macky Sall est dans la même dynamique avec des lois taillées sur mesure et en foulant aux pieds les institutions de la République.

En effet, dans son programme Macky 2012 qui lui a permis d’accéder au pouvoir, Il s’était engagé à diminuer son mandat ; chose qu’il n’a pas faite. Pour légitimer sa volonté, il a utilisé le conseil constitutionnel, une juridiction qui est sous ses ordres.

Mr Faye, ce que vous dites est grave !

Mais c’est la vérité, et lui-même en est conscient. C’est pourquoi d’ailleurs, il avait promis dans son programme Macky 2012, de revoir le pouvoir du Président de nommer tous les juges du Conseil constitutionnel pour assurer l’indépendance de ces juges. En effet, le nombre des juges étaient de 5 et ils étaient tous nommés par le Président de la République. Mais cette démarche subordonne les juges au Président de la République, car ceux-ci se sentiront redevable à leur bienfaiteur.

Pour corriger cela, il s’était engagé dans son programme d’augmenter le nombre de juge et de délaisser le président du pouvoir de nomination de tous les juges. Il proposait alors que le Président allait nommer que les trois juges, les quatre devraient être nommés par le conseil supérieur de la magistrature et l’Assemblée nationale. Un autre engagement qu’il n’a pas honoré et s’est attribuer le pouvoir de nomination de tous les sept juges du conseil. Ainsi il s’inscrit dans la continuité et décrédibilise en même temps l’institution.

Et votre candidat, le Président Idrissa Seck, propose quoi par rapport à ça ?

A la place du conseil constitutionnel, le Président Idrissa Seck propose une Cour Constitutionnelle de 7 membres choisis par l’Assemblée nationale, le Président de la République, la société civile, les universités, le barreau et les auxiliaires de justice. Ces mesures permettront sans doute de donner à nouveau à la juridiction constitutionnelle la crédibilité qu’elle mérite. Ce qui va, sans doute, contribuer à apaiser l’environnement politique.

Au-delà même, le Président Idrissa Seck s’est engagé à réformer le Conseil Supérieur de la Magistrature qui n’aura plus à sa tête le Président de la République. Il sera désormais composé de magistrats, du ministre de la justice, de professeurs d’Université, d’avocats, d’huissiers et de notaires.

Cette orientation permettra sans doute de donner à la justice toutes ses lettres de noblesse.